On a tout dit de Guy Debord et de l’Internationale situationniste.Je ne cherche ni à en faire l’éloge ,ni le blâme,simplement rendre compte de mes im-pressions de lecture et au-delà de mes ex-pressions ….
Temps et Espace dans la ” société du spectacle ” de Guy debord publié en 1967.
Nadia Burgrave Burggraeve,Blog des@Utopiens/2008.
La lecture des trois chapitres de la « société du spectacle »de G uy Debord ,l’un
sur Temps et Histoire V, Temps spectaculaire VI et aménagement du
territoire VII nécessite de bonne base en référents historiques.C’est
assez rigoureux même si l’on peut contester certains points ici et là (
préhistoire,Renaissance etc).C’est un travail élaboré et de fond.Bien
évidemment,Guy Debord théorise sur l’appropriation du temps et sa conception à travers l’histoire des sociétés à la suite de Hegel,Marx,Lebfevre .Temps et espaces sont donc relatifs mais,sont aussi des enjeux de luttes contre ceux qui nous imposent leur rythme.Du reste celui qui détient le temps et l’espace règne en maître,celui qui en est dépossédé est esclave.
Ces chapitres s’originent dans une réflexion épistémologique que je
situerais dans une époque de profonde recherche,entre celle de F. Braudel
(1950/1960 Grammaire des civilisations ,les trois temps ) et celle de P.Ricoeur
( 1980/90 temps et récit ). Guy Debord dépasse le simple projet de théorie-théorisante, de simple spéculation intellectuelle et érudite .IL y a une volonté de démonstration ,l a volonté de montrer que notre Temps et notre Espace sont fabriqués,que leur perception n’est qu’illusion * que nous en subissons l’aliénation,et qu’il nous faut nous désaliéner pour vivre mieux.
Debord dresse l’histoire de l’histoire du temps en une grande fresque (
en tant que donné a priori) dévoilant les cessures,les cassures dans les
changements de paradigme par sociétés,des organisations humaines qui
s’approprient le temps depuis la société nomade de la pré-histoire jusqu’à
la société moderne et du temps cyclique au passage du temps irréversible
“unifié mondialement ” (mondialisation ndlt) comme l’espace du reste par la production capitaliste
l’autre donné a priori qui est analysé ensuite dans le dernier chapitre
.C’est une narration mais moins spéculative qu’elle n’y paraît au premier
abord et qui en fait tout l’attrait..Chaque société
crée sa perception du temps et de l’histoire.Je me souviens des cours que
j’ai reçus sur l’age industriel à l’Université où dans lesquels on avait
abordé cette question-là du ‘temps et de l’espace industriel ‘ qui a
bouleversé les sociétés modernes au XIX ème siècle et je reste soufflée que G. Debord
ne fut jamais cité au moins une fois dans la bibliographie.
Enfin Debord aborde en profondeur avec force détails grâce à une réflexion
politique tous les mécanismes de l’appropriation du temps,de l’espace et de
l’assujetissement par les classes dominantes (un petit nombre),des dominés ( le plus grand nombre)
A la différence de Braudel par exemple qui montre la
permanence du temps cyclique ( longue durée) ,G.Debord pense au contraire à
une dialectique sans demi-mesure..Le temps irréversible a chassé le temps cyclique,cette thèse est très développée dans le temps spectaculaire et le temps speudo-
consommable,critique du temps industriel hors cycle naturel et biologique, et
de la consommation de temps transformé en matière première, ce
passage est assez remarquable.
La valeur descriptive des trois chapitres somme toute sont assez
exceptionnelles.Quant à leur valeur prescriptive ,je crois qu’il la résume
assez bien en reprenant Henri Lefebvre implicitement « pour changer de vie
,changer d’espace » mais en apportant,sa touche, la dimension temporelle du ‘ changer de temps ” :
..”L‘histoire qui menace ce monde crépusculaire est aussi la force qui peut
soumettre l’espace au temps vécu. La révolution prolétarienne est cette
critique de la géographie humaine à travers laquelle les individus et les
communautés ont à construire les sites et les événements correspondant à
l’appropriation, non plus seulement de leur travail, mais de leur histoire
totale. Dans cet espace mouvant du jeu, l’autonomie du lieu peut se
retrouver, sans réintroduire un attachement exclusif au sol, et par là
ramener la réalité du voyage, et de la vie comprise comme un voyage ayant en
lui-même tout son sens....”
Constat de Guy Debord: une révolution qui ne s’attaquerait
qu’à la surface des choses ne modifierait pas grand chose.
En somme,il faut :
« Renverser les perspectives des transcendentaux »
Sans quoi nous ne saurions que répéter les erreurs du passé qui se sont produites dans les expériences communistes produisant un capitalisme d’Etat ou/et d’une société bureaucratique d’un Etat ouvrier dégénéré mais qui n’a pas changé en profondeur notre aliénation capitaliste et notre impuissance à le combattre.Le capitalisme a unifié le temps et l’espace à toutes les échelles depuis le global au local ….
Bref, ces chapitres ont été écrits en 1967 et n’ont semble-t-il pas pris une
ride .Il serait recommandé que Guy Debord soit davantage lu par les
historiens.Mais au fond rien ne m’étonne .Cette absence ne fait que témoigner de la
dé-matérialisation
des sciences humaines,à commencer par l’Histoire au profit d’une histoire ” suspendue”,
idéalisée, dé- conscientisée ,dé-politisée qui reflète notre époque de profond aveuglement..
Nadia Burgrave Burggraeve©Blog des@Utopiens/2008.