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Archive pour mars 2009

ExtErmineZ toUteS ceS BruteS :généalogie du crime de masse


Exterminez toutes ces brutes,enquête sur l’ironie conradienne.

Exterminez toute ces brutes,c’est la phrase que prononce Kurtz dans,Au cœur des ténèbres,de Joseph Conrad( 1902) qui est le point de départ d’une formidable enquête historique,une quête de sens des mots et des choses que l’auteur, Sven Lindqvist, a repris comme titre de son livre.

Peu connu en France, Sven Lindqvist est pourtant un auteur majeur de la scène littéraire suédoise dont la littérature engagée et expérimentale est d’une grande richesse à la fois formelle et idéologique.
Et c’est en cela que le livre Exterminez toutes ces brutes est exemplaire.le livre se présente sous la forme d’un récit de voyage qui nous emmène en Afrique sur les lieux marqués par le colonialisme, composé de 169 courts chapitres qui scandent  l’odyssée d’un homme au cœur de la nuit et les origines du génocide européen .Mais sur le fond,il est un essai magistral qui démontre comment « Auchwitz fut l’application moderne et industrielle d’une politique d’extermination sur laquelle reposait depuis longtemps la domination du monde par les Européens ».La composition,le style,la démarche en font, somme toute, un ouvrage novateur et original,l’histoire d’un homme qui voyage en bus à travers le désert et à travers l’histoire du concept d’extermination.

Les notes à la fin du livre confirment ce qu’on pressent dès les premières lignes .Sven Lindqvist s’appuie sur une remarquable documentation puisée dans les archives des administrations coloniales britannique,française,allemande,dans la grande presse de l’époque,dans l’œuvre de Conrad et de la littérature anglaise,sans oublier le dialogue avec les différentes interprétations politique et historique.

Et l’on remonte comme Joseph Conrad remonta le fleuve Zaïre,le cours des pratiques génocidaires et les discours racistes de son époque quand la rhétorique civilisatrice signifiait exterminer.

Massacres après massacres ,les Européens s’imposent par la force et par leur maîtrise technique à tuer massivement (de l’artillerie aux balles dum-dum dont ces dernières furent prohibées entre Etats civilisés en 1899 mais réservées à la chasse aux gros gibiers et aux guerres coloniales).Et puis, biensûr , tout l’ordre discursif est passé aux cribles,depuis G. Cuvier sur l’extinction des espèces à C. Darwin sur la sélection naturelle,de A.R Wallace à F.Ratzel sur les races inférieures et l’espace vital ou les philosophies d’H.Spencer et E.Von Hartmann qui professent doctement « qu’il n’y a guère d’humanité à prolonger artificiellement la lutte contre la mort de sauvages qui sont au bord de l’extinction .le véritable philanthrope s’il a compris la loi naturelle de l’évolution anthropologique ,ne peut ne pas désirer une accélération de l’ultime convulsion et œuvrer à cette fin » que reprennent en écho la Presse et les discours politiques justifiant et légitimant les guerres et les conquêtes coloniales.

L’essai de Sven Lindqvist s’inscrit dans la lignée des travaux de K.Korsch (1942),H.Arendt (1951)puis R.L.Rubenstein (1987) qui ont établi un lien direct entre génocide nazi et génocides coloniaux.L’historiographie a pu diverger, ensuite, sur la place à accorder à la première guerre mondiale (G.L Mosse) ou sur l’unicité phénoménologique du Génocide juif (S.T Katz) ou bien encore du paradigme de civilisation (A.Mayer ou E.Traverso) pour expliquer l’origine du génocide européen.

Il en ressort, cependant, qu’Exterminez toutes ces brutes fait œuvre de mémoire comme le livre noir du colonialisme sous la direction de Marc Ferro .Le point commun de ces deux livres en dehors de la dénonciation du fait colonial est de s’interroger sur cette conscience européenne qui affecte de croire,aujourd’hui, encore , qu’elle ne savait rien des massacres perpétués ici et là.Or les faits étaient connus.C’est ainsi que prend sens toute l’horreur de l’ironie conradienne.

Nadia Burgrave Burggraeve ©le blog des@Utopiens/2009.

cette note de lecture a été publiée  par  la revue res publica. en 2004. aux PUF,Presses Universitaires de France.

AnTi-PoEsiE : Etiquettes,pense-bêtes …

Etiquette,pense-bête

Etiquette,pense-bête

Ce que c’est, de ne plus vous connaître,

Ce que c’est, de ne plus apparaître,

Derrière votre fenêtre;

Ce que c’est, de promettre,

Et d’omettre,jamais, peut-être.


Etiquettes,pense-bêtes

Des pipelettes.

Avec tambour et trompettes,

Trouble-fêtes de bavettes.

Vous m’avez fait comparaître

Au tribunal des water-closet-tes,

Chasse d’eau des carpettes!


Sur la sellette,

Pour ne pas vous compromettre!


Ce que c’est, de ne plus vous connaître.

Autour du périmètre

Règne le p’tit -maître,

Où je ne dois plus reparaître.


Etiquettes,

Quête et -tics,

Puissiez-vous disparaître!


Nadia Burgrave Burggraeve©Blog des @utopiens/2009

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L’instant PoEtique : JE voUs voIs en/coR/ ! ( 1)

le E  s’efface dans Je vous vois en/cor/ !  Sans E,le souffle s’arrête. Il est court, pour marquer la persistance d’un souvenir  qui  acquiert,ainsi, plus de force par sa durée. Il est maintenu  vers le haut, dans l’air , en exclamation( !) , comme le point qui le rend vivant,toujours dans le présent et presque agacé  qu’on lui demande des comptes .Verlaine écrit sur  le renoncement dans ce passage de  “Birds in the night” (Romances sans paroles,1874).

Je vous  vois en /c/OR /! En / RO/ d’été : contre/assonance   qui permet de faire une transition ,là, pour se justifier …. mais l’instant traîne OR/ROOO « Je vous vois encor! En robe d’été Blanche et jaune avec des fleurs de rideaux.” Je vous vois  en/cor/ ! Prolonge le souvenir de cet instant de dessaisissement qui ne s’efface pas.

Mais pourquoi ?Qui renonce ? Et, à quoi ?

Ce passage est chanté par Léo Ferré dans ,Verlaine et Rimbaud, en 1964, que l’on peut écouter sur le blog des Utopiens :

« Je vous vois encor! En robe d’été
Blanche et jaune avec des fleurs de rideaux.
Mais vous n’aviez plus l’humide gaîté
Du plus délirant de tous nos tantôts.

La petite épouse et la fille aînée
Était reparue avec la toilette
Et c’était déjà notre destinée
Qui me regardait sous votre voilette.

Soyez pardonnée ! Et c’est pour cela
Que je garde, hélas ! avec quelque orgueil,
En mon souvenir, qui vous cajola,
L’éclair de côté que coulait votre oeil. »

La musique de Ferré accompagne   un chant du départ, élégiaque ,une longue plainte,non sur le triste sort fait à sa femme ou sur l’amour perdu, impossible,mais sur Verlaine lui-même, qui ne peut vivre ce qui lui est donné de vivre .C’est le choix qu’on lui impose qu’il déplore. Ou Mathilde et sa robe à fleurs de rideaux,la petite épouse, ou Rimbaud,incertain,la passion ,l’utopie et la poésie.Mais,il choisit en cet instant.

« Je vous vois encor! En robe d’été
Blanche et jaune avec des fleurs de rideaux.

Du présent exclamatif au souvenir en consonance,l’irruption d’une robe impressionniste! Cette robe,pourtant, n’a aucun attrait. Les fleurs de rideaux ont quelque chose de pathétique dans leur banalité décorative.Des fleurs de rideaux comme métaphore de mauvais goût.
Mais vous n’aviez plus l’humide gaîté
Du plus délirant de tous nos tantôts.
On s’éloigne encore dans le passé ,les « tantôts » ,ce sont les après-midis que passaient Verlaine et Mathilde , jeunes amoureux, c’était hier.« Humide » à la connotation de gaîté et de plaisir “délirant ” sans retenue , partagés ,mais au passé , donc,c’est bien le passé qui est re-passé avec  la robe à fleurs de rideaux,convenable,passé dé-passé.Verlaine joue des temps, sait-il,déjà,que cet  instant poétique durera.

La petite épouse et la fille aînée
Était reparue avec la toilette Et c’était déjà notre destinéeQui me regardait sous votre voilette.

Notre destinée. Du vous,à nous, sans détour parce ,Verlaine est -il de mauvaise foi comme certains de ses exégètes le prétendent ? Ce que je lis,moi, « Sous la voilette » indique,davantage, un dégoût pour les convenances sociales et les contraintes bourgeoises que sa femme incarne « la petite épouse » ,petite pour modeste sans hauteur= le mépris de Verlaine, pour cette « fille aînée » ( un jeu de mot avec « France , fille aînée de l’Eglise »,politique cléricale à laquelle sa femme adhère alors qu’il est communard ) porte la voilette,un petit voile de tulle cousu sur un chapeau de femme :signe de respectabilité,de pudeur,de décence,de conformité bourgeoise. Donc, de l’ennui et de l’hypocrisie masquée.

En cette instant-là, Verlaine quitte sa femme Mathilde, pour d’autres horizons avec Rimbaud,en un voyage à travers l’Europe du nord-ouest,Belgique,Grande-Bretagne…Il quitte,ce monde, à ces yeux pauvre en sens, à la recherche de la « vraie vie » tout à sa vocation poétique. Il renie ce passé conformiste et petit-bourgeois,sterile dans l’idée (il a un enfant) avec sa « petite épouse »:“Soyez pardonnée ! Et c’est pour cela” Sa femme ne l’a pas compris ,elle n’a rien compris ,il la pardonne. Que je garde, hélas ! avec quelque orgueil,hélas,soupir  de l’orgueil ou l’amour de soi dans l ‘autre,dépit de ce qui ne s’efface pas.Elle,Mathilde, une larme pour son départ dans Birds in the night pourtant elle ne reviendra jamais avec lui. En mon souvenir, qui vous cajola,L’éclair de côté que coulait votre oeil. »Il justifie ce souvenir permanent et vif par le fait,qu’elle lui inspire de la compassion;Sa plainte ,celle d’une incompréhension qui l’apitoie,d’une rupture brutale, avec un monde qui lui est devenu insupportable.

Ce poème de Verlaine est assez symptomatique d’une société du XIX ème siècle,engoncée,corsetée comme la robe à fleurs de rideaux,étriquée,faussement  dans sa vertu qui ,ELLE,ne lui pardonnera pas et lui fera payer cher cet écart de conduite.« Notre destinée qui nous regardait ».De retour de son aventure rimbaldienne, Verlaine élu « prince des poètes » ,sera condamné à vivre misérablement,malade, partagé entre la prison,l’hôpital et l’ivrognerie du café François Ier ,du Voltaire,du Procope,au Soleil d’Or  et chez la mére Agathe, faire son absinthe ,oublier dans la fée verte sans y parvenir ,parce que  parfaitement lucide comme l’affirment ses biographes. Sa conversion au catholicisme serait-t-il,  alors, le signe d’une auto-absolution comique,dérisoire,un pied de nez supplémentaire à la bonne société  contre  laquelle il maintient son renoncement, renforce sa marginalité,en conteste les normes?

Est -il aussi tiraillé entre sa vie de famille bourgeoise et l’errance poétique maudite comme on l’affirme avec insistance ? Tourmenté par ses désirs,ses passions, et ses séparations, sa femme,son fils,ses amants,ses prostituées à la fin de sa vie,  selon Rémy de Gourmond, qui nous laisse le portrait d’un être brutal et vulgaire, quelquefois  sociable et adulé ;Être déchiré entre son aspect clochardisé qui écrivait les vers les plus doux ,les plus sonores et élévés qui soient.le plus grand poète de son époque,et peut-être de toutes les époques selon Deleuze, livré à l’extrême nudité.Je vous vois encor ! Verlaine écrivait sur le renoncement. IL semble qu’écrire un poème pour le justifier,l’expliquer, est un acte conscient ,décidé, sincère,vrai, même s’ il  rime avec tristesse. La tristesse de voir que l’autre qu’on a aimé,qu’on aime, se vautre dans la médiocrité insignifiante et ne peut vous rejoindre dans votre projection utopique d’une vie comme art poétique libéré .Verlaine a ,donc, choisi,en cet instant.

Je vous vois encor ! C’est le :” vous regardez m’arrache l’âme” que répondra en écho Aragon?

La-la-la ..la


Nadia Burgrave Burggraeve©Blog des @Utopiens/2009.


Haïku de mer bleue …

Haïku de mer bleue

Haïku de mer Bleue

Move on up to the waterfront,

Ô /mer /bleue/ pour/quoi

cette /cou/leur /dans/ le/re/flet,

de l/’oeil/ qui / leur/re ?

Nadia Burgrave Burggraeve©Blog des @Utopiens/2009


Sur les autres Haïku(),c’est ici:

http://utopiens.wordpress.com/2009/02/05/haiku-de-lune/

sur les Tanka(),c’est là:

http://utopiens.wordpress.com/2009/02/14/tanka-de-fevrier/

http://utopiens.wordpress.com/tag/haiku/

sur l’AnTi-poEsie :

http://utopiens.wordpress.com/tag/anti-poesie/

IcônE: Pour ErnesTo contre Soderbergh & Co°…,

de921e7529c7ac293233257bfc9671Pour Ernesto.

A propos de la sortie du « Che » de Soderbergh diptyque sur la vie d’Ernesto Guevara et de la ré-édition de « Guerre de Guerilla » aux Editions Mille et une Nuits

  • L’hagiographie de Soderbergh ou l’utilisation d’une icône révolutionnaire devenue marchande …

Malgré des critiques de cinéma peu élogieuses ( Libération par exemple),malgré les interrogations que suscite la construction narrative alambiquée de Soderbergh,un cinéaste peu à l’aise avec un sujet politique, malgré la durée 4H30, d’un format peu habituel  sauf le genre biographique qui autorise les longueurs – cf  Gandhi d’Attenborough ou le Ludwig de Visconti -  et durée savamment exploitée par la distribution qui vous oblige à vous acquitter de deux tickets de cinéma ,malgré la lenteur de la réalisation ,malgré les lacunes historiques-le rôle de Guevara à Cuba après 59 et dans le Tiers-Monde est éludé-malgré la focalisation excessive du biopic sur les épreuves subies par le Che ,à la manière d’une hagiographie,le film de Soderbergh se voit,surtout, pour la beauté ,et du décor hollywoodien d’un film d’aventure dans la Jungle  et,du charisme du personnage.Lui,Le Che, Ernesto.

Cependant,le film se débarrasse-t-il de clichés  sur  Guevara ? Rien n’est moins sûr.

C’est sur cette question que Soderbergh ne m’a pas vraiment convaincue,sans doute, parce que j’attendais autre chose. J’attendais plus, qu’un simple égratignage de l’icônographie commerciale qui nous est servie,j’attendais une vraie réflexion sur le sens d’être en Révolution.

Je prendrai quelques points d’interrogation ,les miens,ceux des autres,je ne sais pas ,comme point de départ d’une critique de film qui se veut constructive. Ce que je sais,je sens sur sa vie et de l’histoire,ce que j’ai vu et compris du film.

On dit du Che :

Héros révolutionnaire romanesque ?

Guevara fut dans la réel ,ce n’est pas une fiction. La guérilla réussit à débouter la dictature de Battista ,à Cuba , en 1959.Une île qui n’était pas le paradis que décrivent les anti-castristes depuis le soleil de  Floride,mais une dictature militaire dépendante des Etats-Unis, possesseurs de 60% de la production sucrière: Cuba ,un pays vassalisé,asservi.

Il combattait l’oppression impérialiste,coloniale et capitaliste pour l’émancipation des peuples et des hommes. Il ne s’est pas arrêté en chemin, se satisfaisant d’une vie confortable de bureaucrate à Cuba après la Révolution; mais,il est parti, combattre en Afrique et en Amérique latine, pour la Révolution mondiale.

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Le Che- Homme en argentin- comme modèle d’ascèse révolutionnaire qui écrivait des ouvrages théoriques et tenait un journal, continuait de lire en plein combat, qui soignait -il est médecin- et poussait à l’éducation,seul outil d’émancipation populaire:«  L’être humain le plus complet de notre époque » selon Sartre,le plus accompli dans sa vie d’homme,de père, de révolutionnaire, de théoricien.Tout ceci  fait partie de l’histoire et puis, de la légende d’Ernesto.

Si le romanesque se loge dans une destinée exceptionnelle au travers d’une suite d’événements extraordinaires,le film ,selon cet axe, donne un point de vue assez épuré d’une Révolution:les longues marches des guérilleros ,quelques scènes de combats contre les Armées adverses mais la Révolution est un arrière-plan.

un Guevara révolutionnaire,humain, fuyant les honneurs,jusqu’au boutiste dans la jungle bolivienne,un Guevara qui parle,qui écrit ,qui lit,qui panse,combat,souffre, mais Soderbergh ne parvient pas,néanmoins, à donner de la consistance à son héros. Des actes,des mots, mais sans pensée. Or, rien n’est rendu de l’apport des conceptions de Guevara dans le mouvement de libération, de sa théorie du focos ,de ces conceptions spécifiques du développement qui auraient enrichi les dialogues du film et donné de l’épaisseur au personnage. Peu de choses,ensuite sur ses rapports avec Fidel Castro, et sur le sens de sa démission en 1965 de son poste comme dirigeant cubain,de sa critique du socialisme soviétique. Mais encore,une fois ce n’est pas le sujet…

A tout jamais,le film fixe l’aventure de Guevara à Cuba,la réussite,première partie,et en Bolivie,la défaite,deuxième partie, dans ce diptyque contraint, comme une aventure ascensionnelle vers la tragédie.

la Révolution panoramisée en technicolor est un fond d’écran. Ce n’est pas le sujet central du film de Soderberg,on l’aura compris, mais comment dissocier Guevara de son environnement et surtout de ses compagnons et des acteurs de la Révolution ? Le réalisateur peut bien filmer quelques scènes caméra à l’épaule afin d’accentuer l’intensité dramatique,le changement de rythme n’y fait rien. Le décor est figé sur le Che  :  sublime, mais seul .

Héros humaniste mais sanguinaire ?

La Révolution n’est pas un dîner de gala, de ce fait, on se perd en conjecture sans fond, presque une élégance stylistique de salon, quand des armes à la main comme guérillero vous ne tuez pas,quand dans une guerre civile vous ne fusillez aucun adversaire politique au service d’une dictature. En cela, Soderbergh a évité le pire:donner crédit aux thèses des détracteurs de Guevara et alimenter une vaine polémique.Le choix de l’ellipse par le réalisateur a contourné l’obstacle. C’est sur des moments précis de l’itinéraire de Guevara et, sur la personnalité du Che, que le film se concentre toujours en évitant la violence des affrontements qui permettent de se débarrasser de toute controverse. On est dans le Che , et pas dans la Révolution ,on est dans l’Involution du personnage: la Révolution, est ,donc, hors -sujet.

Héros christique ?

C’est la représentation qu’en donne Soderbergh à travers le numéro d’acteur de Benicio del Toro. Un héros athmatique, souffreteux, qui se sacrifie pour son idéal et qui abandonné ,y compris par les opprimés indiens et paysans boliviens, est assassiné par l’Armée Bolivienne guidée par la CIA, en 1967, après une traque qui ne laisse peu d’espoir.

Cette mort les yeux ouverts et qui ne se ferment pas a été source d’une dévotion particulière en Amérique du Sud depuis les légendes San Ernesto de La Higuera et El Cristo de Vallegrande.

Soderbergh n’a pas résisté au plaisir de s’en saisir .A défaut de parti pris politique, jouer sur la dimension sacrificielle de Guevara a facilité son accès à la sélection officielle à Cannes , a permis,en outre,  à Benicio del Toro de remporter le prix d’interprétation masculine et, d’amadouer les Américains pour vendre son film aux Etats-Unis, compte-tenu de son budget élevé ,70 millions de dollars, et de leurs réactions épidermiques sur tous sujets qui portent sur Cuba.

La lenteur de la réalisation dans la deuxième partie accentue la christolâtrie du film.

Une icône marchande ?

Le cliché de Korda a fait le tour du monde et s’imprime sur des objets usuels (T-Shirts,badges,crayons,gommes,gobelets etc)mais qui ne veulent rien dire parce que récupérés et vidés de tout contenu idéologique sauf ,peut-être à la fête de l’Huma,à la LCR ,à Cuba ,si malgré les divergences.L’icônomanie   a commencé,dès 1967. les supports sont variés jusqu’au chanson populaire : hasta siempre …Et,retrouve une seconde jeunesse avec l’altermondialisme et  le sub-commandant Marcos au Chiapas.

Pourtant,rien n’est gratuit,ni innocent. Arborer un béret et un treillis,une effigie de Guevara, devrait être un choix,réellement, conséquent parce que véhiculant un symbole universel de rébellion et d’insoumission. Mais,ce symbole commercialisé ,actuellement  s’adresse aux jeunes consommateurs qui par leur âge sont très réceptifs à la « rébellitude ».Je ne sais s’ils comprennent bien le vrai sens.Mais,comme tout s’achète et tout se vend ,ici bas…(sicK)

Faire un film sur le Che relève un peu de la même démarche,juvénile, pour Soderbergh.Davantage séduit par l’image du Che

che-guevara-photographe

que par   Ernesto  et la guerre de Guérilla , en jouant de la gamme de valeurs morales comme celles du courage, du don de soi, du renoncement de l’individu ,certes valeurs assez éloignées des valeurs marchandes de notre société de consommation ,mais sans jamais aborder la question de la violence dans l’affrontement politique,et le débat théorique,le film de Soderbergh en retraçant son épopée, s’est servi ,s’est appuyé sur l’icône marchande déjà construite , pour vendre de l’image. L’acteur à la belle gueule, Benicio del Toro, renforce cette disposition.Vendre de l’image,et rien d’autre.

Bref,ce n’est pas un grand film dont on ressortirait totalement conquis et subjugués .Il est beau mais problématique,une composition personnelle sur un exercice difficile  que celui de composer sur un personnage historique, qui plus est ,une des légendes les plus vivaces du XX ème siècle.Mais comme le cinéma n’offre rarement l’occasion avec 90% d’une production légère et vite consommée,genre fast food, de soulever réflexions et de débats,d’enclencher un processus d’approfondissement sur ce qu’est une lutte pour l’émancipation ,de traiter de l’engagement absolu qu’elle nécessite,il serait vain de contourner ce film, mais urgent de lire les livres d’Ernesto,regards  sur sa propre vie,et lire de bonnes biographies .

Bref, voir ailleurs…

Au bureau de tabac du coin, on vend des briquets, sur lesquels figurent Ernesto,produits dérivés du film à l’affiche actuellement. J’ai failli en acheter ,un, puis j’ai renoncé. Peut-être que le film a eu cette vertu,sur moi, sans le vouloir,de déposséder Le Che du fétichisme consumériste ? Pour Ernesto contre Soderbergh & Co° .

Nadia Burgrave Burggraeve©Blog des @Utopiens/2009.