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Agir,penser collectif: Eloge de la solidarité radicale

1er Mai 2009

1er Mai 2009 :De la place de la Mairie à la Place de la Mairie,je suis restée plantée...

Agir,penser collectif :éloge de la solidarité radicale

.” Le remède qui doit améliorer votre situation et vous arracher à la ruine
finale et éternelle est en vous, mêmes. C’est simplement l’unité de pensée
et d’action. Pensez ensemble, agissez ensemble et vous soulèverez des
montagnes d’injustices d’oppression et de misères et de besoins

William Benbow 1832

Peut-on discuter sérieusement d’ un modèle d’ organisation tant qu’il n’y a pas de convergences dans les objectifs politiques et que s’affirme comme principe premier une volonté de solidarité entre les différents acteurs engagés dans les luttes sociales ?C’est cette question que je me posais ,il y a quelques années déjà après la lecture du numéro 17 de la Revue Multitude.,une revue qui se posait comme gauche relookée,moderne ,joyeuse et gaie

Cinq ans plus tard,ce texte fait déjà archive historique.

Que demain, les enseignants frondeurs contre les Réformes de l’éducation nationale aillent manifester devant un magasin Lidl,une enseigne de magasins populaires qui exploite sans scrupule le personnel féminin et,qu’ils aillent à Ceuta et Mellila défendre le droit au déplacement et, là,la face du monde changera…

lorsqu’il y a aura une définition claire des objectifs politiques à atteindre par chacun de nous, et du projet politique à construire ensemble avec rassemblement large, alors nos outils d’émancipation seront affûtés.

L’autre problème est celui des structures de militance et d’organisation politique qui est en débat aujourd’hui avec beaucoup d’acuité à mesure que la société s’atomise et perd ses repères et ,que la sociabilité et la philia sont en pleine déliquescence.

Mais l’enjeu des luttes actuelles c’est dans le même temps celui de la forme qui accueille et celui du fond qui recueille.

Accordez la forme et le fond, la structure à l’idée ,la pratique à la théorie, le réel et son possible,les grandes lignes fixées par A. Gramsci dans ses cahiers de prison restent d’actualité.

Nous avons été confrontés à deux types d’organisations au cours de l’histoire du mouvement social : l’organisation centrale et verticale et, l’organisation fluide et horizontale.

le problème des objectifs et du projet politiques étant inséparable de la structure qui les accompagnent.

- L’organisation centrale et verticale :la forme dure.l’organisation structurée verticalement dont l’objectif est la transformation par la prise du pouvoir politique.

par voie légale comme dans les démocraties parlementaires ou par légitimation révolutionnaire .L’organisation type ‘avant-garde ouvrière’ fut un modèle pensé et construit après que les objectifs politiques à atteindre furent clairement identifiés (renverser et prendre le pouvoir);mais ce modèle léniniste est en déclin,très disciplinaire,très autoritaire,il devient difficile de s’y plier pour une société qui s’est diluée dans le faux-démocratisme et s’est individualisée.

La forme-parti construit au cours du XIXème – XXème possède un objectif de longue durée mais conquête du pouvoir et instrument de transformation radicale se sont recroquevillés nationalement ; les Internationales ont échu sur la guerre ( la premier guerre mondiale par exemple),moins sur la décolonisation, mais en revanche sur les solidarités Nord/Sud , leurs traces sont discrètes.

Là,on forme une militance. Le militant sorte d’évangélisateur,de jésuite endurci, voue sa vie à la réussite du parti qui est aussi la sienne.

- L’organisation fluide et horizontale :la forme molle.l’organisation dé-structurée ,horizontalement comme les Collectifs ou les réseaux ,figures émergentes au cours du XIXème chez les libertaires( par une théorie de la marge) est reprise de nos jours depuis la crise des représentations politiques et syndicales et dans le contexte de lutte anti-globale comme la forme majeure d’organisation ; l’altermondialisme regroupant Nord et Sud en est un exemple à travers le Forum social mondial depuis Porto Alegre.

Mis à part ce dernier, l’objectif des collectifs est de courte durée mais dans tous les cas ,il ne propose pas une transformation d’ensemble parce qu’il y a souvent absence de stratégie de prise de pouvoir. La question du pouvoir est évacuée,balayée,réduite au néant. Ces collectifs ou réseaux sont dans l’instant, dans la pression du moment pour obtenir une satisfaction immédiate d’une revendication catégorielle,ponctuelle.

Le collectif n’est pas vraiment « collectif » dans la mesure ou c’est une démarche individuelle, autonomisée,un rassemblement de contestataires hors des grands systèmes institutionnels et, à la durée de vie limitée.

les formes réticulaires développées par la technologie du web n’ont pas plus de pérennité sinon que leur capacité de mobilisation paraît extra-ordinaire comme celle qui se sont affirmées contre la Guerre en Irak ,par exemple. Mais ce n’est qu’un effet de surface.

Sitôt dit,sitôt fait, sitôt dé-fait, sorte d’intermittence du militant,un militant issu d’une génération spontanée

y -a -t-il possibilité de contre-pouvoir avec ce type d’organisation ?

M.Lazzarato dans son article issu de la Revue Multitude ( n°17,été 2004) donne un condensé du discours sur les nouvelles formes politiques dans un éloge de la Coordination comme forme politique aboutie.

Cette nouvelle forme politique se veut en rupture avec le mouvement ouvrier traditionnel syndical,socialiste ou communiste construit à partir du XIX ème siècle, et ceux qui le re-présentent,prend à parti la forme-parti à la nature hégémonique,totalisante développant une logique d’affrontement frontal en formatant des militants .Je reprends les principaux arguments de la controverse soulevée par M. Lazzarato .On comprend que dans cet éloge ,la Coordination c’est bien tout le contraire et qu’elle correspond à cette nouvelle stratégie de patchworks,du métissage des mondes possibles qui co-existent entre eux affirmant la fuite et la différence des subjectivités, des trans-versalités créatrices.C’est très beau.

L’Eloge de M.Lazzarato prend appui sur le CIP intermittents et précaires éclos en 2004.

Ce qu’il ne dit pas c’est que les coordinations comme mouvements sociaux sont nées vers la fin des années 80 en France pendant l’expérience de la gauche mittérandienne et se sont formées parmi des groupes sous-syndiqués ( femmes, infirmières ) ou en voie de dé-syndicalisation ( enseignants) à très fortes tendances corporatistes,et qu’en suite la multiplication des coordinations n’a pas abouti à un changement radical de l’ordre social.

Tout au contraire. Cette multiplication de coordinations a été l’indice d’une impuissance à lutter contre la re-conquête néo-libérale poussée par la mondialisation conduisant à la fin de l’Etat- Providence,au démantèlement des Services Publics, à la précarisation grandissante des salariés,à la dé-règlementation du travail et à la persistance d’un chômage de masse. Bref,une époque qui vit la fin du politique, la fin de la croyance qu’il était possible par la politique de changer la vie parce que l’économisme triomphait avec son cortège de fatalités,nous rendant incapables de changer le cours de l’histoire et ce même à gauche,où l’économisme a fait de redoutable ravage. S’ensuivit une crise de la représentation politique et syndicale dont nous ne nous relevons pas et dont les nouvelles formes émergentes comme les collectifs et coordinations ne sont peut-être que les symptômes et pas les remèdes.

le point le plus important du texte de M.Lazzarato en dehors du verbiage de bon aloi sur une militance créatrice et vitaliste un rien démagogique et jeuniste vante surtout les actions spectaculaires des intermittents comme l’occupation du toit du Medef à Paris dont il n’était pas au courant à la date de son texte mais qui n’est pas étonnant pour des gens de spectacle ,plus difficile à faire pour les licenciés de chez Michelin en bleu de travail ,en cela la culture de la contestation doit changer …

D’un mouvement social, catégoriel, M.Lazzrato en fait une dynamique politique.

Cette translation est très simplificatrice. D’un ordre on passe à un autre presque naturellement .Or, cette évidence ne va pas de soi.

Pour que l’ordre de grandeur change ,il faudrait vouloir abolir l’industrie et le commerce de la culture spectaculaire et ne pas se cantonner à une revendication sur des droits sociaux en espérant qu’un nouvel Etat -keynésien ,réformiste,règle les disparités sociales par des transferts en instituant un revenu universel par exemple. Il faudrait aussi vouloir détruire l’ensemble de la société de contrôle et du mode de production capitaliste.

Puisque le débat s’esthétise et que la forme l’emporte sur le fond .Je crains que la prophétie de Foucault “le XXI è siècle sera deleuzien “ne soit réalisée mais qu’elle nous entraîne vers une irréversibilité de la fin du politique. Ce en quoi Deleuze n’est pour rien.

Parce ce que -qui pourrait s’opposer à ces deux passages de M. Lazzarato ?

Sur le deuxième plan, les singularités individuelles et collectives qui constituent le mouvement déploient une dynamique de subjectivation, qui est à la fois composition de socles communs (droits collectifs) et affirmation différentielle d’une multiplicité des pratiques d’expression et de vie. Fuite d’un côté, pratiques de soustraction politique, constitution de l’autre, stratégies d’ « empowerment. » Cette nouvelle dynamique

.. “La déstructuration de l’intolérable et l’articulation des nouvelles possibilités de vie ont une existence bien réelle, mais elle s’exprime d’abord comme transformation de la subjectivité, comme mutation de la manière de sentir, comme nouvelle distribution des désirs dans les « âmes » des intermittents en lutte. Cette nouvelle distribution des possibles ouvre à un processus d’expérimentation et de création : expérimenter ce que la mutation de la subjectivité implique, et créer les dispositifs, les institutions, les conditions capables de déployer ces nouvelles possibilités de vie.”…

Qui s’opposera ?

Même au Medef, on parle de subjectivation et de transversalité!

Toutes ces coordinations,collectifs, réseaux ne bousculent pas grand chose… (la suite m’a donnée raison : l’ampleur de l’insatisfaction sociale a trouvé une issue en 2007 dans l’élection de Nicolas Sarkozy,une élection dépolitisée pour peopilisée). Dans leur forme ludique et festive, ils sont bien le symptôme d’une dépolitisation des mouvements sociaux , recroquevillés sur leur conservatisme, le maintien de leur statut .En quoi leurs discours sont-ils différents de ceux qui proviennent des luttes traditionnelles portées par les grandes centrales syndicales ? quand bien même celles-ci sont sclérosées, raidies dans leur corporatisme ,bureaucratiques ou encadrant le mouvement social pour mieux amortir le choc inévitable d’une explosion sociale?

Ceux de Michelin luttent pour continuer de produire des pneus et les intermittents du spectacle pour continuer de produire du spectacle!

Chacun dans son univers, dans son ” monde des possibles”,dans ses subjectivités, ses expérimentations, ses créativités ,ses monades. Pendant, ce temps là, le capitalisme continue. Il tient lui parce qu’il est unaire, universel et unidimensionnel.

Rien dans leurs actions , rien chez leurs apologistes à l’exception de la requête de droits à ne dénoncent un système d’industrialisation et de commercialisation de produits culturels qu’on nous fait ingurgiter à longueur d’années à la TV, au ciné et dans les rues avec les festivals, l’été…

En ce sens, il n’y a rien de nouveau sous le soleil. IL n’y aura pas de convergences politiques,de critique globale de la société et de l’économie capitalistes tant que les solidarités entre différents acteurs ne se sont pas solidifiées et,par conséquent il ne peut y avoir d’efficacité.

Chacun dans sa monade participe du système de domination capitaliste et c’est ainsi que ce système perdure.

Parce que le capitalisme craint plus que tout la solidarité ,celle qui ne vienne briser “la productivité intégrante du capitalisme et la toute puissance de sa machine de propagande, de publicité et d ‘administration “. dit Marcuse qui ajoute qu’ « organiser la solidarité contre la brutalité de l’exploitation inhumaine est une première tâche. “

Or, M.Lazzarato ne suggère rien sur la façon de  créer cette dynamique politique;il est,pourtant, indispensable de reconnaître un adversaire commun,de l’identifier clairement,et par conséquent  ce repérage implique une dialectique forte contre cet adversaire ,connexe et dissoute dans une solidarité radicale pour être efficace.

Quel frein à l’éclosion de la solidarité ?

C’est à l’égalité qu’il faut penser.

L‘égalité se pratique y compris pour les mouvements dits “sociaux “aussi divers que variés comme tout ce qui relève du mouvement associatif qu’il soit écologiste etc,
qui dans leur ensemble se tournent le dos sauf exception. Ils ne se voient
pas comme égalité de groupes ( les sans -papiers,terre ,emploi,droits etc ) luttant ensemble contre un même problème,un même ordre des choses qui leur fait face .Mais Chacun reste prisonnier de sa bulle,de sa sphère, de ses intérêts particuliers.

Tous ces mouvements,ici et là, ne se vivent pas en égalité parce que
l’égalité supposerait au préalable qu’ils aient conscience des autres
qu’il le reconnaissent comme eux-mêmes et qu’ils s’y incluent.
Trop divisés, éclatés, à visée immédiate et présente  pour leur propre
objectif dans un renfermement sur leur propre objet localisé, sans discours radical politique,
ils sont faibles et  ne dérangent personne  et rien du tout de l’ordre existant politique et économique.

Justement cette division  est  souhaitée, voulue,obtenue par tout un tas de
mécanismes de contrôle du pouvoir. Le pouvoir fonctionne en
réseau et sans volonté commune en face et frontale ,il ne se passe rien, qui puisse constituer une alternative puissante et capable de renverser quelque chose.

la critique des structures de luttes actuelles émiettées comme les coordinations et réseaux ou même syndicales ,ou associatives ou caritatives le démontrent pleinement , comme l’ autocritique collective indispensables pour avancer,et on doit tous y laisser quelque chose. Si le sujet politique n’était consentant à l’ordre du capital,il y a belle lurette que celui-ci aurait disparu. Le rapport de force crée du Commun et il nous faut créer du Commun dans les pratiques des résistances , de la solidarité des luttes,de l’égalité des sujets politiques contestant. Mais l’égalité signifie rupture,exige qu’on abandonne beaucoup,sa façon d’être petite-bourgeoise,son mode de pensée individualiste,exige surtout de réapprendre la culture de contestation et sa grammaire politique.

Au ,je lutte donc je suis,il faut opposer, nous sommes donc je lutte.

.

Nadia Burgrave Burggraeve ©Blog des@Utopiens/2009

Cette note a été écrite bien avant que le mouvement social en 2009 ne propose des journées d’action ponctuelles depuis janvier ,que le NAP,en France, nouveau parti anticapitaliste ne voit le jour,et que la crise économique et sociale ne radicalise les luttes sociales .Je pense entre autres, aux prises d’otage de patrons,en France,et aux violences des Black Bloc et autonomes comme à Berlin,le 1er mai. Cela dit,cette irruption de la violence n’est que l’expression justement de l’isolement des luttes ,de leur étouffement par autisme du pouvoir économique et politique qui ne sait que traiter les problèmes sociaux et n’offrir de réponse que sur le mode policier . Mais ,encore une fois,la responsabilité est surtout collective par l’absence manifeste de solidarité radicale et inconditionnelle et, rejet de projet politique.

Qui est contre le slogan, Kapitalismus heisst Krieg und Krise ?

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