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Archive for the ‘Sur la littérature’ Category

IcônE : les Anges et la métaphysique

Ecrivain,poète, et critique littéraire argentin, Jorge Luis Borges ( 1899-1986) laisse une oeuvre incomparable, connue assez tardivement en France. Au -delà de sa manière d’être social et politique, ce qui me touche chez JL Borges ,c’est la puissance du récit littéraire. En effet, il a un art, tout particulier pour raconter une histoire, mêlant ses énormes ressources livresques et érudites à des sujets imaginaires et des références religieuses , comme cette histoire des anges écrite en 1926 ,dans la Revue la Prensa en Argentine.

histoire des anges JL Borges,7 Mars 1926

Les anges ont deux jours et deux nuits de plus que nous” commence,alors, son récit

Comme le texte de Jorge Luis Borges est ancien,on pourrait lui donner une suite ,celle pourquoi pas

de la traduction cinématographique par  Win Wenders dans les Ailes du Désir ( 1987),conte métaphysique sur Berlin, où seuls les anges peuvent traverser le Mur. Mais, l’un d’eux désire devenir mortel afin de parvenir au bonheur de tout petits  riens,c’est à dire au bonheur terrestre. C’est l’amour qui lui permet de mettre fin à l’éternité .

Ainsi ,s’achève ce que Jorge Luis Borges avait pressenti dans  son histoire des Anges :

Il ne faut pas trop mettre les anges à contri­bution car ce sont les ultimes divinités que nous hébergions, et ils pourraient peut-être s’envoler “ ?

Nadia Burgrave Burggraeve©blog des Utopiens/2009

Win Wenders, Les Ailes du désir, 1987

L’instant PoEtique : JE voUs voIs en/coR/ ! ( 1)

le E  s’efface dans Je vous vois en/cor/ !  Sans E,le souffle s’arrête. Il est court, pour marquer la persistance d’un souvenir  qui  acquiert,ainsi, plus de force par sa durée. Il est maintenu  vers le haut, dans l’air , en exclamation( !) , comme le point qui le rend vivant,toujours dans le présent et presque agacé  qu’on lui demande des comptes .Verlaine écrit sur  le renoncement dans ce passage de  “Birds in the night” (Romances sans paroles,1874).

Je vous  vois en /c/OR /! En / RO/ d’été : contre/assonance   qui permet de faire une transition ,là, pour se justifier …. mais l’instant traîne OR/ROOO « Je vous vois encor! En robe d’été Blanche et jaune avec des fleurs de rideaux.” Je vous vois  en/cor/ ! Prolonge le souvenir de cet instant de dessaisissement qui ne s’efface pas.

Mais pourquoi ?Qui renonce ? Et, à quoi ?

Ce passage est chanté par Léo Ferré dans ,Verlaine et Rimbaud, en 1964, que l’on peut écouter sur le blog des Utopiens :

« Je vous vois encor! En robe d’été
Blanche et jaune avec des fleurs de rideaux.
Mais vous n’aviez plus l’humide gaîté
Du plus délirant de tous nos tantôts.

La petite épouse et la fille aînée
Était reparue avec la toilette
Et c’était déjà notre destinée
Qui me regardait sous votre voilette.

Soyez pardonnée ! Et c’est pour cela
Que je garde, hélas ! avec quelque orgueil,
En mon souvenir, qui vous cajola,
L’éclair de côté que coulait votre oeil. »

La musique de Ferré accompagne   un chant du départ, élégiaque ,une longue plainte,non sur le triste sort fait à sa femme ou sur l’amour perdu, impossible,mais sur Verlaine lui-même, qui ne peut vivre ce qui lui est donné de vivre .C’est le choix qu’on lui impose qu’il déplore. Ou Mathilde et sa robe à fleurs de rideaux,la petite épouse, ou Rimbaud,incertain,la passion ,l’utopie et la poésie.Mais,il choisit en cet instant.

« Je vous vois encor! En robe d’été
Blanche et jaune avec des fleurs de rideaux.

Du présent exclamatif au souvenir en consonance,l’irruption d’une robe impressionniste! Cette robe,pourtant, n’a aucun attrait. Les fleurs de rideaux ont quelque chose de pathétique dans leur banalité décorative.Des fleurs de rideaux comme métaphore de mauvais goût.
Mais vous n’aviez plus l’humide gaîté
Du plus délirant de tous nos tantôts.
On s’éloigne encore dans le passé ,les « tantôts » ,ce sont les après-midis que passaient Verlaine et Mathilde , jeunes amoureux, c’était hier.« Humide » à la connotation de gaîté et de plaisir “délirant ” sans retenue , partagés ,mais au passé , donc,c’est bien le passé qui est re-passé avec  la robe à fleurs de rideaux,convenable,passé dé-passé.Verlaine joue des temps, sait-il,déjà,que cet  instant poétique durera.

La petite épouse et la fille aînée
Était reparue avec la toilette Et c’était déjà notre destinéeQui me regardait sous votre voilette.

Notre destinée. Du vous,à nous, sans détour parce ,Verlaine est -il de mauvaise foi comme certains de ses exégètes le prétendent ? Ce que je lis,moi, « Sous la voilette » indique,davantage, un dégoût pour les convenances sociales et les contraintes bourgeoises que sa femme incarne « la petite épouse » ,petite pour modeste sans hauteur= le mépris de Verlaine, pour cette « fille aînée » ( un jeu de mot avec « France , fille aînée de l’Eglise »,politique cléricale à laquelle sa femme adhère alors qu’il est communard ) porte la voilette,un petit voile de tulle cousu sur un chapeau de femme :signe de respectabilité,de pudeur,de décence,de conformité bourgeoise. Donc, de l’ennui et de l’hypocrisie masquée.

En cette instant-là, Verlaine quitte sa femme Mathilde, pour d’autres horizons avec Rimbaud,en un voyage à travers l’Europe du nord-ouest,Belgique,Grande-Bretagne…Il quitte,ce monde, à ces yeux pauvre en sens, à la recherche de la « vraie vie » tout à sa vocation poétique. Il renie ce passé conformiste et petit-bourgeois,sterile dans l’idée (il a un enfant) avec sa « petite épouse »:“Soyez pardonnée ! Et c’est pour cela” Sa femme ne l’a pas compris ,elle n’a rien compris ,il la pardonne. Que je garde, hélas ! avec quelque orgueil,hélas,soupir  de l’orgueil ou l’amour de soi dans l ‘autre,dépit de ce qui ne s’efface pas.Elle,Mathilde, une larme pour son départ dans Birds in the night pourtant elle ne reviendra jamais avec lui. En mon souvenir, qui vous cajola,L’éclair de côté que coulait votre oeil. »Il justifie ce souvenir permanent et vif par le fait,qu’elle lui inspire de la compassion;Sa plainte ,celle d’une incompréhension qui l’apitoie,d’une rupture brutale, avec un monde qui lui est devenu insupportable.

Ce poème de Verlaine est assez symptomatique d’une société du XIX ème siècle,engoncée,corsetée comme la robe à fleurs de rideaux,étriquée,faussement  dans sa vertu qui ,ELLE,ne lui pardonnera pas et lui fera payer cher cet écart de conduite.« Notre destinée qui nous regardait ».De retour de son aventure rimbaldienne, Verlaine élu « prince des poètes » ,sera condamné à vivre misérablement,malade, partagé entre la prison,l’hôpital et l’ivrognerie du café François Ier ,du Voltaire,du Procope,au Soleil d’Or  et chez la mére Agathe, faire son absinthe ,oublier dans la fée verte sans y parvenir ,parce que  parfaitement lucide comme l’affirment ses biographes. Sa conversion au catholicisme serait-t-il,  alors, le signe d’une auto-absolution comique,dérisoire,un pied de nez supplémentaire à la bonne société  contre  laquelle il maintient son renoncement, renforce sa marginalité,en conteste les normes?

Est -il aussi tiraillé entre sa vie de famille bourgeoise et l’errance poétique maudite comme on l’affirme avec insistance ? Tourmenté par ses désirs,ses passions, et ses séparations, sa femme,son fils,ses amants,ses prostituées à la fin de sa vie,  selon Rémy de Gourmond, qui nous laisse le portrait d’un être brutal et vulgaire, quelquefois  sociable et adulé ;Être déchiré entre son aspect clochardisé qui écrivait les vers les plus doux ,les plus sonores et élévés qui soient.le plus grand poète de son époque,et peut-être de toutes les époques selon Deleuze, livré à l’extrême nudité.Je vous vois encor ! Verlaine écrivait sur le renoncement. IL semble qu’écrire un poème pour le justifier,l’expliquer, est un acte conscient ,décidé, sincère,vrai, même s’ il  rime avec tristesse. La tristesse de voir que l’autre qu’on a aimé,qu’on aime, se vautre dans la médiocrité insignifiante et ne peut vous rejoindre dans votre projection utopique d’une vie comme art poétique libéré .Verlaine a ,donc, choisi,en cet instant.

Je vous vois encor ! C’est le :” vous regardez m’arrache l’âme” que répondra en écho Aragon?

La-la-la ..la


Nadia Burgrave Burggraeve©Blog des @Utopiens/2009.


AnTi PoEsie : Nicanor Parra,une expression anti-politique ?

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Qu’est-ce que l’anti poésie ?

Dans un sens étroit,cela signifie «  contre la poésie »,le terme est utilisé depuis longtemps en français.

C’est ainsi que l’on a qualifié bon nombre de poètes d’anti poètes à partir du moment où ces derniers ne respectaient pas la tradition littéraire et les canons de l’écriture.

Anti poète comme injure,mépris,incompréhension…dans le registre péjoratif.

Mais en tant que concept littéraire,il est clairement revendiqué par Nicanor Parra,écrivain

chilien né en 1914,reconnu au Chili comme dans le monde entier,au point qu’il est pressenti

pour un prix Nobel de Littérature et qu’il a fait de l‘Anti poésie,un art à part entière,

indiscutablement…

La poésie de Nicanor Parra est une poésie qui se débarrasse du lyrisme pour emprunter une forme

populaire,volontiers iconoclaste,ironique ,drôle ou pessimiste,provocatrice comme

le sont les avants-gardes mais qui s’en distingue par le choix subtil et réfractaire

d’abandonner leurs obscurités langagières et leur élitisme.

« Nicanor Parra se démarque de sa génération par son antilyrisme radical et par sa tentative de faire de la poésie le reflet même de la vie. Néanmoins ce concept de vie que l’antipoésie parraenne mettra de l’avant est inséparable de la présence de l’homme commun, de sa vie quotidienne, de son langage enraciné dans la culture populaire, de son humour festif ou noir et de son attachement aux essences de la chilenidad. »

in Nicanor Parra,l‘antipoésie au temps de la virtualisation ,chap.3 .

Tout juste découverte,

et sans expertise poussée de ma part,

la simple lecture de la poésie de Nicador Parra s’écoute sans ennui grâce à ses sonorités variées,multivoques,plurielles…

Le «  soliloquio del individuo » à la vibration ontologique,

«  Artefactos » et son USA Donde la libertad es una estatua » comme un éclat de rire.

Cependant, sa vie d’artiste si elle est connue ,commentée,encensée , son anti-Néruda(-isme) bien cerné , ses positions politiques me restent assez obscures.Si j’osais,je le comparerai volontiers à cet apolitisme de droite franchouillard qu’on trouve chez Audiard, libellé par quelques plumes ” d’anarchiste de droite ” sans peur des antithèses!

Alors, Nicanor Parra inclassable ? Inclassable dans une Amérique latine vouée,à cette époque -là ,aux dictatures militaires ou populistes…

Peut-on se détacher à mots couverts, en jouant de l’absurde et du non -sens  même avec un ton grossier  quand il est interdit de dire,interdit de s’exprimer,interdit de contester ? C’est à ce parti pris littéraire que Nicanor Parra doit son anti poésie, quand son apolitisme moqueur  s’affiche avec “la Izquierda y la Dérecha unidas jamas seran vencidas “  au point de devenir une position anti-politique ?


Nadia Burgrave Burggraeve©Blog des@Utopiens/2009.


Références :

Biographie et Anthologie universitaire et attitrée:

http://www.nicanorparra.uchile.cl

http://www.antiweb.cl/parra.html

Une thèse de Philosophie (sans nom de l’auteur ) qui se lit bien et dévoile d’autres sens de lecture:

http://www.theses.umontreal.ca/theses/pilote/oddo/these_body.html

Un album personnel de photographies prises lors de l’exposition consacrée à Nicanor Parra

au Palais de la Moneda par une curieuse internaute sus-nommée Rachel à Santiago,et qui ne connaît pas Allende

http://rachelchili.blogspot.com/2006/09/nicanor-parra-lantipote-chilien.html

Un article intéressant pour replacer Parra dans le contexte littéraire du continent sud-américain:

Daniel Vives, les artefacts de Nicanor Parra:ultime ultimatum de l’antipoésie,in America N° 18 (2),les formes brèves de l’expression culturelle en Amérique latine de 1850 à nos jours, Presse sorbonne nouvelle,1997.