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Archive for the ‘Sur le cinéma’ Category

Opium du peuple: slumdog millioNaire

Quand le roulette du Pistolet du Far West est remplacée  par la” roulette” des jeux TV dans le Far East,en se rapprochant,on s’approche toujours  de notre propre condition .

ET,si nous rêvions sans passer par l’industrie cinématographique et télévisuelle ? Et,si  on ré-enchantait le monde autrement que par les jeux TV ?

A propos de Slumdog MillioNaire…film d’un anglais sur l’Inde mondialisée.

slumdog millionaire poster

Adapté du roman de Vikas Swarup,que Salman Rushdie jugeait comme roman à l’eau de rose,le film du cinéaste britannique Danny Boyle ,Slumdog MillioNaire, aux huit oscars sorti en 2009 retrace la vie fantastique de Jamal un orphelin  d’un  bidonville de Mumbai qui grâce à son expérience personnelle de miséreux ,parvint à gagner 20 Millions de roupies au jeu TV « qui veut gagner des millions » version indienne mais jeu planétaire.

Est-ce une énième expression de la mondialisation heureuse sur grand écran ?

Si mondialisation,il y a, alors nous avons plus de chance de partager  le sort des lower classes indiennes que d’être millionnaires .Pour autant, est-ce que ce n’est pas cette situation,justement, de proximité qui est la vraie chance de notre vie ,celle de vivre autre chose que ces re-make perpétuels ?

Rejetant par anti-intellectualisme les quelques critiques de cinéma ( Télérama,les Inrocks) qui relevèrent les invraisemblances du film voire les contre- sens de la traduction française comme  la scène du pogrom anti-musulman perpétré  par des fanatiques hindous, et s’aventurèrent à l’analyser,on s’est empressés sur le net occidental d’ y voir un « conte de fée moderne » comme Les Perrault, Grimm ,Andersen d’autrefois où le pittoresque dessine un violent contraste entre ces foules de pouilleux et ses  anciens- nouveaux riches,où les vrais-faux mendiants,larrons en foire, deviennent princes et princesses par miracle.

En Inde,la partie émergée de l’iceberg,insensible au merveilleux occidental, a été scandalisée par l’image dégradée qui s’offre au regard du monde ,celle-là même qui, fière que l’Inde puissance émergente du Sud s’intègre dans la mondialisation , en perçoit les bénéfices… Celle,qui justement ne partage rien en Inde des profits réalisés par l’ouverture capitaliste.

Le film montre comment ces métropoles subissent d’importantes transformations urbaines où les mafias locales prospères grâce à la corruption et à la déliquescence de l’Etat indien où les building à l’architecture internationale se hérissent sur les anciens dépotoirs et modèlent ces nouveaux paysages uniformes de la New Economy avec leur CBD,leur centre d’affaires et zone résidentielle des classes moyennes besogneuses. Que l’on soit à Munbai ou  à Rio de Janeiro ou à londres ou New York  dans les mégapoles du Nord comme au Sud ,dans ces lieux de commandement de la mondialisation,le paysage urbain est identique. Il se fracture violemment. La violence des rapports sociaux s’y inscrit, elle n’est pas génétique mais générique. Ce sont les impacts de la mondialisation libérale qui entretiennent ces cicatrices ,certes pré-existantes dans une péninsule indienne rurale laissée de côté  par la première mondialisation du  temps des colonies britanniques  qui a ruiné l’économie locale , mais jamais refermées ,ces contrastes sidérants qu’elle ne parvient pas à effacer malgré les fables,contes et légendes qu’elle entretient sur son propre compte et dont Danny Boyle se fait le porte-parole. L’ouverture des économies aux échanges internationaux ne réduit pas les disparités sociales,au contraire,elle les maintient sous d’autres formes plus acceptables que du temps des contes de Perrault  ou de l’Inde actuelle avec cette misère indigne  mais néanmoins aussi consistantes.  Si l’on habitera plus un slum parce que les classes moyennes  issues de l’exode rural se fortifient et font marcher l’économie marchande ( jusqu’où et pour combien de temps ?) on habitera  une HLM repoussée  toujours plus loin.Le héros vivra cette transformation à la fin du film indépendamment de sa participation au jeu TV.

Dans le film de Danny Boyle,l’on pourrait être à Munbai comme à Los Angeles que cela ne dérangerait pas le spectateur. Il a acquis une sorte de langage commun aux images violentes et fantastiques qui lui sont données dans les banlieues, les périphéries de métropoles ou les down town de centre-villes ,favelas ou bidonvilles ou slums qu’il connaît sans avoir à  les reconnaître , et un ordre implicite ,celui de rester passif et consommateur d’images. Celles qu’il voit peuvent être celles qu’il vit mais elles lui deviennent étrangères car le cinéma a cette force incroyable de distanciation ,comme machine à faire rêver et travail de l’inconscient. L’identification ne joue pas sur les causes du problème mais sur les effets. Je gagne au jeu,je vais devenir riche à mon tour,là je m’identifie. Peu importe pourquoi je suis pauvre,là je prends de la distance. Ce qui compte c’est que je gagne et que je sois millionnaire. Cette jubilation nous la partageons tous ,et c’est bien ce qu’on nous demande. L’inconscient dans le rêve commande d’accomplir un désir mais rejette par réaction émotionnelle tout élément qui participe de sa réalisation. C’est parce que je suis pauvre que je joue à « qui veut gagner des millions »

Les habitants des Slums, quant à eux, se sont parfois insurgés aux abords des cinémas contre l’insulte qui leur est faite ( slum dog veut dire chien de bidonville);une association de résidents du bidonville de Dharavi où a été tourné le film et représenté par Tateshwar Vishwakarma a porté plainte contre une partie de l’équipe du film pour atteinte aux droits de l’homme…

Mais les choses en restent-là,vagues comme le terrain

Dans les slums,le désir de changer de condition est vif et le misérabilisme évacué.

Bref,malgré un happy end rédempteur de la production du film qui a gagné plus que des millions de roupies en le vendant sur le marché   – les enfants stars ont été relogés en Inde et sont éduqués – on ne peut pas sortir indemne de la projection de ce film qui pose des questions plus qu’il n’apporte de réponses.

La mise en scène est,certes, impeccable. Le réalisateur de Trainspotting dont l’action se déroulait dans la crasse d’Edimbourg en Ecosse, sait fait courir sa caméra au rythme de ses héros qui sortent toujours des milieux défavorisés et misérables ,aime le choix par la seule volonté des protagonistes de faire tourner la roue ,faire leur vie « choice his life » .Ici, dans Slumdog millionaire, le brillant sert la touche Bollywood, s’allie aux images de synthèses pour plonger dans l’irréalité.

On est hors du standard documentariste sur la situation sociale indienne,le « compassionnel » est convoqué mais l’image est surréaliste,surfaite. Elle accentue l’invraisemblance qui n”interroge pas sur les raisons profondes et, sociale et, politique des conditions de servitude des héros et des moyens de s’en affranchir hormis par la pure chance du jeu; la sortie est individuelle ,jamais collective,elle ne changera pas le système qui l’a vue naître. On s’en sort par magie.

C’est en deux ou trois travelling montrer toute l’esthétique anti-politique d’une époque et une triple rupture de paradigme pour l’Inde holiste que la mondialisation provoque avec l’essor de l’individualisme ,d’abandon du gandhisme où le désir de consommation remplace l’ascétisme légendaire prôné par le Mahatma et enfin du progressisme indien qui aurait voulu vaincre le système de castes et la pauvreté tenace.

La porte de sortie dans Slumdog millionaire c’est de répondre au QCM de votre vie qui est rappelé sur l’affiche du film.

What does it take to find a lost love ?

Il y a huit affiches du film qui ne se correspondent pas exactement,j’ai pris la première diffusée,celle en anglais.

A . Money B. Luck C. Smarts D. Destiny

Dans la question ,il y a un sous-entendu find a lost love = change your life.Car,la belle est captive d’un de ces nouveaux riches, et Jamal,le héros ( un musulman ) n’entend pas vivre avec elle dans un slum où il l’a rencontrée enfant.

Quatre possibilités spectaculaires devenues les quatre vertus cardinales du monde moderne:

Money = le pragmatisme libéral où l’argent est maître.

Luck= la pokérisation avancée des moeurs ;le panem et circenses actuel

smarts = être au parfum

Destiny = le déterminisme à la place de la détermination

Quatre possibilités rassemblées dans une seule représentation allégorique de la société actuelle,c’est ce qu’a cherché à filmer  Danny Boyle ;en cela nous sommes bien avec slumdog dans le registre du conte merveilleux mais à tout prendre ce registre pourrait apparaître comme occidental. Peut-il en être autrement face au phénomène d’uniformisation économique,culturel et politique lié à la mondialisation?Quels autres regards sont portés sur l’Inde? Y-a-t-il des particularités ?

Pour approcher la complexité de l’Inde, le magazine Books a sorti un dossier spécial en février 2009 et s’interroge sur sur cet Etat d’1,1 milliard d’habitants, aux 122 langues et 7 religions . Il s’appuie sur quatre auteurs d’origine indienne qui décrivent les formidables tensions sociales, politiques et religieuses qui traversent ce géant né en 1947 après la décolonisation de l’Empire britannique et montre comment cet édifice tient encore miraculeusement (grâce à la démocratie selon Ramachandra Guha qui inclue 700 millions d’indiens ) ;dans le même temps ,l’intégration actuelle de l’Inde à la mondialisation lézarde sérieusement la façade unitaire;les indices d’explosion ne garantissent pas un avenir serein quand près de la moitié d’une population vit un cauchemar quotidien et quand l’extrémisme hindou fascise. La démocratie est en voie d’enracinement mais que signifie-t-elle exactement avec 38 % d’une population qui vit en dessous de pauvreté et 48% d’analphabètes?

Démocratie ,libéralisme,capitalisme,fascisation … Quoi d’indiens dans ce panorama ?Tout apparaît  comme un déjà-vu.Encore un re-make.

A la question ,quel est le secret de la survie indienne, Ramachandra Guha,historien indien,propose

cinq  raisons ( qui  recoupent notre propre vécu comme la langue, anglaise, importée par la colonisation  ) dont l’une est la passion du cinéma partagé par les indiens de différentes conditions et la puissance de l’industrie cinématographique. Bollywood une contraction de Bombay (Munbai ) et d’Hollywood qui désigne, en fait, un genre cinématographique et une production standardisée autour d’un mélo musical dont s’est inspiré Danny Boyle dans son dernier film.

Le Far West a Hollywood, le Far East Bollywood .

On se sent cernés dans un spectacle permanent qui nous absorbe .Les oscars de Slumdog Millionaire décernés à l’Ouest,à Los Angeles, en hommage à l’Est,à Bombay sont le reflet d’un seul miroir. Ce n’est pas le cinéma d’un Sud qui est encouragé,salué tout d’abord pour son expression artistique autonome,parce que ce serait une incongruité, Danny Boyle est anglais , mais c’est tout simplement le cinéma américain qui s’est auto-consacré comme industrie culturelle marchandisée qui a déferlé  sur  le monde depuis le XX ème siècle.

A travers cette auto-consécration, le capitalisme est vénéré ;il  assure sa  survie  en englobant de nouveaux espaces .

The world is entertainment:le monde bel et bien réduit parce qu’uniformisé spectaculairement  par la mondialisation marchande mais dans le même temps,par un effet de boomerang rapide puisque les distances sont abolies ,nous nous sentons proches des slumdogs

A nous de jouer.Mais ,pour gagner vraiment notre vie sans la mendier  de part le monde,cessons de rêver dans  les cadres pré-fabriqués par les usines  de marchands de sable,inventons notre propre rêve et ré-enchantons ce monde.

Nadia burgrave burggraeve/Blog des Utopiens/2009.

Cette note écrite sur le film de Danny Boyle prend appui sur des références actuelles et in//actuelles.Un dossier intéressant sur les auteurs indiens en 2009:

http://www.booksmag.fr/magazine/d/inde-la-democratie-miraculeuse.html.

J’ai compris grâce à cela la profonde mécanique uniformisatrice en jeu .

Adorno et Horkheimer,la dialectique de la raison( chap, »la production industrielle de biens culturels »,1947 et Walter Benjamin, dans Oeuvres,l’oeuvre d’art au temps de la reproductibilité technique, 1939 ,soit l’Ecole de Francfort ou Edgar Morin, le cinéma ou l’homme imaginaire,1956.

Pour ce qui demeure sur le Cinéma.

IcônE: Pour ErnesTo contre Soderbergh & Co°…,

de921e7529c7ac293233257bfc9671Pour Ernesto.

A propos de la sortie du « Che » de Soderbergh diptyque sur la vie d’Ernesto Guevara et de la ré-édition de « Guerre de Guerilla » aux Editions Mille et une Nuits

  • L’hagiographie de Soderbergh ou l’utilisation d’une icône révolutionnaire devenue marchande …

Malgré des critiques de cinéma peu élogieuses ( Libération par exemple),malgré les interrogations que suscite la construction narrative alambiquée de Soderbergh,un cinéaste peu à l’aise avec un sujet politique, malgré la durée 4H30, d’un format peu habituel  sauf le genre biographique qui autorise les longueurs – cf  Gandhi d’Attenborough ou le Ludwig de Visconti -  et durée savamment exploitée par la distribution qui vous oblige à vous acquitter de deux tickets de cinéma ,malgré la lenteur de la réalisation ,malgré les lacunes historiques-le rôle de Guevara à Cuba après 59 et dans le Tiers-Monde est éludé-malgré la focalisation excessive du biopic sur les épreuves subies par le Che ,à la manière d’une hagiographie,le film de Soderbergh se voit,surtout, pour la beauté ,et du décor hollywoodien d’un film d’aventure dans la Jungle  et,du charisme du personnage.Lui,Le Che, Ernesto.

Cependant,le film se débarrasse-t-il de clichés  sur  Guevara ? Rien n’est moins sûr.

C’est sur cette question que Soderbergh ne m’a pas vraiment convaincue,sans doute, parce que j’attendais autre chose. J’attendais plus, qu’un simple égratignage de l’icônographie commerciale qui nous est servie,j’attendais une vraie réflexion sur le sens d’être en Révolution.

Je prendrai quelques points d’interrogation ,les miens,ceux des autres,je ne sais pas ,comme point de départ d’une critique de film qui se veut constructive. Ce que je sais,je sens sur sa vie et de l’histoire,ce que j’ai vu et compris du film.

On dit du Che :

Héros révolutionnaire romanesque ?

Guevara fut dans la réel ,ce n’est pas une fiction. La guérilla réussit à débouter la dictature de Battista ,à Cuba , en 1959.Une île qui n’était pas le paradis que décrivent les anti-castristes depuis le soleil de  Floride,mais une dictature militaire dépendante des Etats-Unis, possesseurs de 60% de la production sucrière: Cuba ,un pays vassalisé,asservi.

Il combattait l’oppression impérialiste,coloniale et capitaliste pour l’émancipation des peuples et des hommes. Il ne s’est pas arrêté en chemin, se satisfaisant d’une vie confortable de bureaucrate à Cuba après la Révolution; mais,il est parti, combattre en Afrique et en Amérique latine, pour la Révolution mondiale.

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Le Che- Homme en argentin- comme modèle d’ascèse révolutionnaire qui écrivait des ouvrages théoriques et tenait un journal, continuait de lire en plein combat, qui soignait -il est médecin- et poussait à l’éducation,seul outil d’émancipation populaire:«  L’être humain le plus complet de notre époque » selon Sartre,le plus accompli dans sa vie d’homme,de père, de révolutionnaire, de théoricien.Tout ceci  fait partie de l’histoire et puis, de la légende d’Ernesto.

Si le romanesque se loge dans une destinée exceptionnelle au travers d’une suite d’événements extraordinaires,le film ,selon cet axe, donne un point de vue assez épuré d’une Révolution:les longues marches des guérilleros ,quelques scènes de combats contre les Armées adverses mais la Révolution est un arrière-plan.

un Guevara révolutionnaire,humain, fuyant les honneurs,jusqu’au boutiste dans la jungle bolivienne,un Guevara qui parle,qui écrit ,qui lit,qui panse,combat,souffre, mais Soderbergh ne parvient pas,néanmoins, à donner de la consistance à son héros. Des actes,des mots, mais sans pensée. Or, rien n’est rendu de l’apport des conceptions de Guevara dans le mouvement de libération, de sa théorie du focos ,de ces conceptions spécifiques du développement qui auraient enrichi les dialogues du film et donné de l’épaisseur au personnage. Peu de choses,ensuite sur ses rapports avec Fidel Castro, et sur le sens de sa démission en 1965 de son poste comme dirigeant cubain,de sa critique du socialisme soviétique. Mais encore,une fois ce n’est pas le sujet…

A tout jamais,le film fixe l’aventure de Guevara à Cuba,la réussite,première partie,et en Bolivie,la défaite,deuxième partie, dans ce diptyque contraint, comme une aventure ascensionnelle vers la tragédie.

la Révolution panoramisée en technicolor est un fond d’écran. Ce n’est pas le sujet central du film de Soderberg,on l’aura compris, mais comment dissocier Guevara de son environnement et surtout de ses compagnons et des acteurs de la Révolution ? Le réalisateur peut bien filmer quelques scènes caméra à l’épaule afin d’accentuer l’intensité dramatique,le changement de rythme n’y fait rien. Le décor est figé sur le Che  :  sublime, mais seul .

Héros humaniste mais sanguinaire ?

La Révolution n’est pas un dîner de gala, de ce fait, on se perd en conjecture sans fond, presque une élégance stylistique de salon, quand des armes à la main comme guérillero vous ne tuez pas,quand dans une guerre civile vous ne fusillez aucun adversaire politique au service d’une dictature. En cela, Soderbergh a évité le pire:donner crédit aux thèses des détracteurs de Guevara et alimenter une vaine polémique.Le choix de l’ellipse par le réalisateur a contourné l’obstacle. C’est sur des moments précis de l’itinéraire de Guevara et, sur la personnalité du Che, que le film se concentre toujours en évitant la violence des affrontements qui permettent de se débarrasser de toute controverse. On est dans le Che , et pas dans la Révolution ,on est dans l’Involution du personnage: la Révolution, est ,donc, hors -sujet.

Héros christique ?

C’est la représentation qu’en donne Soderbergh à travers le numéro d’acteur de Benicio del Toro. Un héros athmatique, souffreteux, qui se sacrifie pour son idéal et qui abandonné ,y compris par les opprimés indiens et paysans boliviens, est assassiné par l’Armée Bolivienne guidée par la CIA, en 1967, après une traque qui ne laisse peu d’espoir.

Cette mort les yeux ouverts et qui ne se ferment pas a été source d’une dévotion particulière en Amérique du Sud depuis les légendes San Ernesto de La Higuera et El Cristo de Vallegrande.

Soderbergh n’a pas résisté au plaisir de s’en saisir .A défaut de parti pris politique, jouer sur la dimension sacrificielle de Guevara a facilité son accès à la sélection officielle à Cannes , a permis,en outre,  à Benicio del Toro de remporter le prix d’interprétation masculine et, d’amadouer les Américains pour vendre son film aux Etats-Unis, compte-tenu de son budget élevé ,70 millions de dollars, et de leurs réactions épidermiques sur tous sujets qui portent sur Cuba.

La lenteur de la réalisation dans la deuxième partie accentue la christolâtrie du film.

Une icône marchande ?

Le cliché de Korda a fait le tour du monde et s’imprime sur des objets usuels (T-Shirts,badges,crayons,gommes,gobelets etc)mais qui ne veulent rien dire parce que récupérés et vidés de tout contenu idéologique sauf ,peut-être à la fête de l’Huma,à la LCR ,à Cuba ,si malgré les divergences.L’icônomanie   a commencé,dès 1967. les supports sont variés jusqu’au chanson populaire : hasta siempre …Et,retrouve une seconde jeunesse avec l’altermondialisme et  le sub-commandant Marcos au Chiapas.

Pourtant,rien n’est gratuit,ni innocent. Arborer un béret et un treillis,une effigie de Guevara, devrait être un choix,réellement, conséquent parce que véhiculant un symbole universel de rébellion et d’insoumission. Mais,ce symbole commercialisé ,actuellement  s’adresse aux jeunes consommateurs qui par leur âge sont très réceptifs à la « rébellitude ».Je ne sais s’ils comprennent bien le vrai sens.Mais,comme tout s’achète et tout se vend ,ici bas…(sicK)

Faire un film sur le Che relève un peu de la même démarche,juvénile, pour Soderbergh.Davantage séduit par l’image du Che

che-guevara-photographe

que par   Ernesto  et la guerre de Guérilla , en jouant de la gamme de valeurs morales comme celles du courage, du don de soi, du renoncement de l’individu ,certes valeurs assez éloignées des valeurs marchandes de notre société de consommation ,mais sans jamais aborder la question de la violence dans l’affrontement politique,et le débat théorique,le film de Soderbergh en retraçant son épopée, s’est servi ,s’est appuyé sur l’icône marchande déjà construite , pour vendre de l’image. L’acteur à la belle gueule, Benicio del Toro, renforce cette disposition.Vendre de l’image,et rien d’autre.

Bref,ce n’est pas un grand film dont on ressortirait totalement conquis et subjugués .Il est beau mais problématique,une composition personnelle sur un exercice difficile  que celui de composer sur un personnage historique, qui plus est ,une des légendes les plus vivaces du XX ème siècle.Mais comme le cinéma n’offre rarement l’occasion avec 90% d’une production légère et vite consommée,genre fast food, de soulever réflexions et de débats,d’enclencher un processus d’approfondissement sur ce qu’est une lutte pour l’émancipation ,de traiter de l’engagement absolu qu’elle nécessite,il serait vain de contourner ce film, mais urgent de lire les livres d’Ernesto,regards  sur sa propre vie,et lire de bonnes biographies .

Bref, voir ailleurs…

Au bureau de tabac du coin, on vend des briquets, sur lesquels figurent Ernesto,produits dérivés du film à l’affiche actuellement. J’ai failli en acheter ,un, puis j’ai renoncé. Peut-être que le film a eu cette vertu,sur moi, sans le vouloir,de déposséder Le Che du fétichisme consumériste ? Pour Ernesto contre Soderbergh & Co° .

Nadia Burgrave Burggraeve©Blog des @Utopiens/2009.


Mythologie (6) :les Deux Belles fins de ” la Belle Equipe”

Mythologie : Les deux « Belles fins » de la « Belle Equipe » à  méditer.

Julien Duvivier,dans l’effervescence de l’été 1936 , réalisa un film d’ambiance ” La Belle Equipe ” nourri des espoirs et de l’esprit du Front Populaire , qui sortit en septembre de la même année.

Mais ,le film nous laisse deux fins contradictoires,tout aussi mythiques l’une comme l’autre.

A l’origine,la fin du film était pessimiste puisque les protagonistes  du drame s’entretuaient à cause d’une femme et de l’argent …Une fin prophétique quand on sait que,quelques temps plus tard ,le Front Populaire,constitué d’un appareillage politique éclectique ( PCF,SFIO,Radicaux) se désunira par absence de projet et d’action communs face aux enjeux de la crise économique et sociale,et face aux agressions des dictatures fascistes.

Toute  une époque.

Cinq chômeurs ,victimes de la crise économique, montent une guinguette au bord de la marne, de leur propre main, après avoir gagné au tirage de la loterie nationale,le gros lot.

Cependant, sous la pression du public, et de la distribution, Julien Duvivier dut  changer le dénouement de l’intrigue , en une fin radieuse ,optimiste et fraternelle plus en conformité avec l’air du temps en France, contre les courants cinématographiques des années trente faits de films noirs ,et contre sa propre inclination à filmer des fins tragiques.L’équipe de « Chez nous » du nom de la Guinguette , réduite à deux membres ( trois sont tombés) a surmonté   tous les obstacles qui s’étaient dressés sur sa marche triomphale:le jour de l’ouverture on guinche et entonne à l’unisson « quand on se promène au bord de l’eau » interprété par un Jean Gabin gouailleur et rayonnant. Belle apothéose où triomphe
«  la Belle Equipe », au dessus-de l’égoïsme individuel , par de-là les tentations matérialistes et les instincts primaires ;sublimation dans une oeuvre collective où l’élévation sociale rend l’élévation de chacun ,belle et grandiose, où le désir subjectif se trouve sacrifié pour une cause commune. Remarquable fin d’ histoire re-filmée à la demande d’un public qui s’est identifié au sort du héros et qui a exprimé l’envie de voir à l’écran ,non une réalité en face ,mais une représentation de ce qu’il estimait être son bonheur dans l’immédiat, fût-il, dans l’imaginaire d’ une autre réalité qu’il s’était choisie.

Cependant, la fin originelle n’en est pas moins ternie. Diffusée en Allemagne,elle comporte aujourd’hui des sous-titres en français. Elle évoque l’argent comme part maudite,la part immorale,celle qui détruit l’harmonie d’un groupe,symbolisée par la femme corruptrice,l’élément qui désintègre;la haine comme principe premier qui re-lie les hommes,la vengeance expiatoire;la malédiction contenue dans le récit qui prend valeur de mythe ,et la mort qui frappe .Une fin tout aussi brillante que celle sur commande.
Bel épilogue qui ne laisse pas de place à la transcendance.

Deux très belles fins pour “Un chef d’oeuvre” …les deux fins se regardent l’une après l’autre,dans les versions courantes projetées en salle,au cinéma ou, sur petit écran.

Il faudrait les voir simultanément,seule façon de dépasser son destin! :)

Nadia Burgrave Burggraeve©Blog des @Utopiens/2009.

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