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Archive for the ‘Sur le monde moderne’ Category

KultuR Kampf : contre “La lumpen”-isation en marche…

Le Lumpen prolétariat a été de nombreuses  fois analysé depuis Marx et Engels au XIX ème siècle. Je voudrai,ici, tenter  de dresser la carte de la lumpen – bourgeoisie du XXI ème siècle,qui à mon sens, est le phénomème sociologique et politique le plus notable depuis les années 80 qui correspondent  à l’accélération de la  mondialisation.

Ce n’est pas à proprement parlé une nouvelle classe sociale mais un processus idéologique qui conduit les classes moyennes,petite bourgeoise ou bourgeoise classique à agir autant dans le discours normé que dans les décisions politiques qu’elles prennent par exemple en votant systématiquement pour des partis  ultra-libéraux à droite de l’échiquier  politique et en imposant la régression sociale pour les classes laborieuses  en Europe,en Amérique du Nord,Asie orientale et le monde entier  …

Le phénomène est planétaire et transcende  la  ligne Nord-Sud de l’après seconde guerre mondiale avec le grand mouvement systémique de décolonisation. La Bourgeoisie compradore du Sud  sans  patrie  composée de marchands ,d’affairistes  et d’agioteurs  travaillant en symbiose avec les ex-métropoles coloniales   est tout à fait comparable à cette lumpen bourgeoisie du Nord. Sa caractéristique tient en grande partie à l’acculturation appuyée par  les mass médias, seuls moyens pour cette lumpen-bourgeoisie de conditionner les esprits  ou appeler autrement “peopolisation des esprits

Elle se distingue des anciennes classes dominantes de la société par l’abandon de  valeurs propres à l’ascétisme  comme la valeur -travail   ce que  Weber  avait montré pour le capitalisme productif dans son décryptage de  l’esprit du capitalisme moderne au début du XXème siècle, en adoptant  un nouveau type de comportement  ,celui du consumérisme hédoniste  à partir du seul capital fictif et  dilue  sa domination culturelle élitiste dans une culture de spectacle  marchande où règne le  triptyque “fric,frime,fripe” .

Autre distinction saillante,c’est sa proximité voire complicité  avec les criminalités organisées dont elle peut-être issue ou  s’intégrer par ce qu’elle est sans scrupule quand il s’agit de faire de l’argent.Nombre de scandales politico-financiers relevés durant  cette période en démontrent la pertinence comme son grand laxisme devant  les spoliations et spéculations boursières  actuelles ( les affaires sont les affaires,elles reprendront d’elles-mêmes: c’est son crédo libéral !)alors que dans le même temps elle réclame  un contrôle de plus en plus  étroit  des classes laborieuses  jugées pour elle ,dangereuses,au nom des sacro-saintes  Sécurité et  Productivité .  L’Etat  qui ne parvient plus à réguler la globalisation financière ,qui se désengage du terrain économique et social en abandonnant  son rôle  de  welfare -state   ne garde comme  fonction que  celle d’un  Etat policier à son service.

la lumpen-isation en marche ,c’est le reflet de cette mondialisation.D’un monde sans Etat de droit où seuls des réseaux  mafieux ou communautaires ou corporatistes ou patrimoniaux ou personnels l’organisent pour le seul profit du “marché” ( nouvelle   religion aussi  oppressante  que les précédentes !) C’est pourquoi le citoyen d’aujourd’hui  éprouve des difficultés à faire entendre sa voix, se refugie dans l’abstentionnisme politique par démoralisation et sentiment d’impuissance.

C’est à un kultur Kampf ,c’est à dire une politique de combat pour la culture, pour retrouver le sens de  la vraie vie, que cette carte mentale vous convie en pointant de façon claire le phénomène en cours et re-donner l’envie ou le désir d’émancipation.

LUMPEN -BOURGEOISIE© nadia burggraeve/2009

Nadia Burggraeve©Utopi-Uns/2009.

Pour utiliser  cette carte mentale ,merci d’en demander l’autorisation à l’AuteurE.

carte mentale de la lumpen bourgeoisie

Agir,penser collectif: Eloge de la solidarité radicale

1er Mai 2009

1er Mai 2009 :De la place de la Mairie à la Place de la Mairie,je suis restée plantée...

Agir,penser collectif :éloge de la solidarité radicale

.” Le remède qui doit améliorer votre situation et vous arracher à la ruine
finale et éternelle est en vous, mêmes. C’est simplement l’unité de pensée
et d’action. Pensez ensemble, agissez ensemble et vous soulèverez des
montagnes d’injustices d’oppression et de misères et de besoins

William Benbow 1832

Peut-on discuter sérieusement d’ un modèle d’ organisation tant qu’il n’y a pas de convergences dans les objectifs politiques et que s’affirme comme principe premier une volonté de solidarité entre les différents acteurs engagés dans les luttes sociales ?C’est cette question que je me posais ,il y a quelques années déjà après la lecture du numéro 17 de la Revue Multitude.,une revue qui se posait comme gauche relookée,moderne ,joyeuse et gaie

Cinq ans plus tard,ce texte fait déjà archive historique.

Que demain, les enseignants frondeurs contre les Réformes de l’éducation nationale aillent manifester devant un magasin Lidl,une enseigne de magasins populaires qui exploite sans scrupule le personnel féminin et,qu’ils aillent à Ceuta et Mellila défendre le droit au déplacement et, là,la face du monde changera…

lorsqu’il y a aura une définition claire des objectifs politiques à atteindre par chacun de nous, et du projet politique à construire ensemble avec rassemblement large, alors nos outils d’émancipation seront affûtés.

L’autre problème est celui des structures de militance et d’organisation politique qui est en débat aujourd’hui avec beaucoup d’acuité à mesure que la société s’atomise et perd ses repères et ,que la sociabilité et la philia sont en pleine déliquescence.

Mais l’enjeu des luttes actuelles c’est dans le même temps celui de la forme qui accueille et celui du fond qui recueille.

Accordez la forme et le fond, la structure à l’idée ,la pratique à la théorie, le réel et son possible,les grandes lignes fixées par A. Gramsci dans ses cahiers de prison restent d’actualité.

Nous avons été confrontés à deux types d’organisations au cours de l’histoire du mouvement social : l’organisation centrale et verticale et, l’organisation fluide et horizontale.

le problème des objectifs et du projet politiques étant inséparable de la structure qui les accompagnent.

- L’organisation centrale et verticale :la forme dure.l’organisation structurée verticalement dont l’objectif est la transformation par la prise du pouvoir politique.

par voie légale comme dans les démocraties parlementaires ou par légitimation révolutionnaire .L’organisation type ‘avant-garde ouvrière’ fut un modèle pensé et construit après que les objectifs politiques à atteindre furent clairement identifiés (renverser et prendre le pouvoir);mais ce modèle léniniste est en déclin,très disciplinaire,très autoritaire,il devient difficile de s’y plier pour une société qui s’est diluée dans le faux-démocratisme et s’est individualisée.

La forme-parti construit au cours du XIXème – XXème possède un objectif de longue durée mais conquête du pouvoir et instrument de transformation radicale se sont recroquevillés nationalement ; les Internationales ont échu sur la guerre ( la premier guerre mondiale par exemple),moins sur la décolonisation, mais en revanche sur les solidarités Nord/Sud , leurs traces sont discrètes.

Là,on forme une militance. Le militant sorte d’évangélisateur,de jésuite endurci, voue sa vie à la réussite du parti qui est aussi la sienne.

- L’organisation fluide et horizontale :la forme molle.l’organisation dé-structurée ,horizontalement comme les Collectifs ou les réseaux ,figures émergentes au cours du XIXème chez les libertaires( par une théorie de la marge) est reprise de nos jours depuis la crise des représentations politiques et syndicales et dans le contexte de lutte anti-globale comme la forme majeure d’organisation ; l’altermondialisme regroupant Nord et Sud en est un exemple à travers le Forum social mondial depuis Porto Alegre.

Mis à part ce dernier, l’objectif des collectifs est de courte durée mais dans tous les cas ,il ne propose pas une transformation d’ensemble parce qu’il y a souvent absence de stratégie de prise de pouvoir. La question du pouvoir est évacuée,balayée,réduite au néant. Ces collectifs ou réseaux sont dans l’instant, dans la pression du moment pour obtenir une satisfaction immédiate d’une revendication catégorielle,ponctuelle.

Le collectif n’est pas vraiment « collectif » dans la mesure ou c’est une démarche individuelle, autonomisée,un rassemblement de contestataires hors des grands systèmes institutionnels et, à la durée de vie limitée.

les formes réticulaires développées par la technologie du web n’ont pas plus de pérennité sinon que leur capacité de mobilisation paraît extra-ordinaire comme celle qui se sont affirmées contre la Guerre en Irak ,par exemple. Mais ce n’est qu’un effet de surface.

Sitôt dit,sitôt fait, sitôt dé-fait, sorte d’intermittence du militant,un militant issu d’une génération spontanée

y -a -t-il possibilité de contre-pouvoir avec ce type d’organisation ?

M.Lazzarato dans son article issu de la Revue Multitude ( n°17,été 2004) donne un condensé du discours sur les nouvelles formes politiques dans un éloge de la Coordination comme forme politique aboutie.

Cette nouvelle forme politique se veut en rupture avec le mouvement ouvrier traditionnel syndical,socialiste ou communiste construit à partir du XIX ème siècle, et ceux qui le re-présentent,prend à parti la forme-parti à la nature hégémonique,totalisante développant une logique d’affrontement frontal en formatant des militants .Je reprends les principaux arguments de la controverse soulevée par M. Lazzarato .On comprend que dans cet éloge ,la Coordination c’est bien tout le contraire et qu’elle correspond à cette nouvelle stratégie de patchworks,du métissage des mondes possibles qui co-existent entre eux affirmant la fuite et la différence des subjectivités, des trans-versalités créatrices.C’est très beau.

L’Eloge de M.Lazzarato prend appui sur le CIP intermittents et précaires éclos en 2004.

Ce qu’il ne dit pas c’est que les coordinations comme mouvements sociaux sont nées vers la fin des années 80 en France pendant l’expérience de la gauche mittérandienne et se sont formées parmi des groupes sous-syndiqués ( femmes, infirmières ) ou en voie de dé-syndicalisation ( enseignants) à très fortes tendances corporatistes,et qu’en suite la multiplication des coordinations n’a pas abouti à un changement radical de l’ordre social.

Tout au contraire. Cette multiplication de coordinations a été l’indice d’une impuissance à lutter contre la re-conquête néo-libérale poussée par la mondialisation conduisant à la fin de l’Etat- Providence,au démantèlement des Services Publics, à la précarisation grandissante des salariés,à la dé-règlementation du travail et à la persistance d’un chômage de masse. Bref,une époque qui vit la fin du politique, la fin de la croyance qu’il était possible par la politique de changer la vie parce que l’économisme triomphait avec son cortège de fatalités,nous rendant incapables de changer le cours de l’histoire et ce même à gauche,où l’économisme a fait de redoutable ravage. S’ensuivit une crise de la représentation politique et syndicale dont nous ne nous relevons pas et dont les nouvelles formes émergentes comme les collectifs et coordinations ne sont peut-être que les symptômes et pas les remèdes.

le point le plus important du texte de M.Lazzarato en dehors du verbiage de bon aloi sur une militance créatrice et vitaliste un rien démagogique et jeuniste vante surtout les actions spectaculaires des intermittents comme l’occupation du toit du Medef à Paris dont il n’était pas au courant à la date de son texte mais qui n’est pas étonnant pour des gens de spectacle ,plus difficile à faire pour les licenciés de chez Michelin en bleu de travail ,en cela la culture de la contestation doit changer …

D’un mouvement social, catégoriel, M.Lazzrato en fait une dynamique politique.

Cette translation est très simplificatrice. D’un ordre on passe à un autre presque naturellement .Or, cette évidence ne va pas de soi.

Pour que l’ordre de grandeur change ,il faudrait vouloir abolir l’industrie et le commerce de la culture spectaculaire et ne pas se cantonner à une revendication sur des droits sociaux en espérant qu’un nouvel Etat -keynésien ,réformiste,règle les disparités sociales par des transferts en instituant un revenu universel par exemple. Il faudrait aussi vouloir détruire l’ensemble de la société de contrôle et du mode de production capitaliste.

Puisque le débat s’esthétise et que la forme l’emporte sur le fond .Je crains que la prophétie de Foucault “le XXI è siècle sera deleuzien “ne soit réalisée mais qu’elle nous entraîne vers une irréversibilité de la fin du politique. Ce en quoi Deleuze n’est pour rien.

Parce ce que -qui pourrait s’opposer à ces deux passages de M. Lazzarato ?

Sur le deuxième plan, les singularités individuelles et collectives qui constituent le mouvement déploient une dynamique de subjectivation, qui est à la fois composition de socles communs (droits collectifs) et affirmation différentielle d’une multiplicité des pratiques d’expression et de vie. Fuite d’un côté, pratiques de soustraction politique, constitution de l’autre, stratégies d’ « empowerment. » Cette nouvelle dynamique

.. “La déstructuration de l’intolérable et l’articulation des nouvelles possibilités de vie ont une existence bien réelle, mais elle s’exprime d’abord comme transformation de la subjectivité, comme mutation de la manière de sentir, comme nouvelle distribution des désirs dans les « âmes » des intermittents en lutte. Cette nouvelle distribution des possibles ouvre à un processus d’expérimentation et de création : expérimenter ce que la mutation de la subjectivité implique, et créer les dispositifs, les institutions, les conditions capables de déployer ces nouvelles possibilités de vie.”…

Qui s’opposera ?

Même au Medef, on parle de subjectivation et de transversalité!

Toutes ces coordinations,collectifs, réseaux ne bousculent pas grand chose… (la suite m’a donnée raison : l’ampleur de l’insatisfaction sociale a trouvé une issue en 2007 dans l’élection de Nicolas Sarkozy,une élection dépolitisée pour peopilisée). Dans leur forme ludique et festive, ils sont bien le symptôme d’une dépolitisation des mouvements sociaux , recroquevillés sur leur conservatisme, le maintien de leur statut .En quoi leurs discours sont-ils différents de ceux qui proviennent des luttes traditionnelles portées par les grandes centrales syndicales ? quand bien même celles-ci sont sclérosées, raidies dans leur corporatisme ,bureaucratiques ou encadrant le mouvement social pour mieux amortir le choc inévitable d’une explosion sociale?

Ceux de Michelin luttent pour continuer de produire des pneus et les intermittents du spectacle pour continuer de produire du spectacle!

Chacun dans son univers, dans son ” monde des possibles”,dans ses subjectivités, ses expérimentations, ses créativités ,ses monades. Pendant, ce temps là, le capitalisme continue. Il tient lui parce qu’il est unaire, universel et unidimensionnel.

Rien dans leurs actions , rien chez leurs apologistes à l’exception de la requête de droits à ne dénoncent un système d’industrialisation et de commercialisation de produits culturels qu’on nous fait ingurgiter à longueur d’années à la TV, au ciné et dans les rues avec les festivals, l’été…

En ce sens, il n’y a rien de nouveau sous le soleil. IL n’y aura pas de convergences politiques,de critique globale de la société et de l’économie capitalistes tant que les solidarités entre différents acteurs ne se sont pas solidifiées et,par conséquent il ne peut y avoir d’efficacité.

Chacun dans sa monade participe du système de domination capitaliste et c’est ainsi que ce système perdure.

Parce que le capitalisme craint plus que tout la solidarité ,celle qui ne vienne briser “la productivité intégrante du capitalisme et la toute puissance de sa machine de propagande, de publicité et d ‘administration “. dit Marcuse qui ajoute qu’ « organiser la solidarité contre la brutalité de l’exploitation inhumaine est une première tâche. “

Or, M.Lazzarato ne suggère rien sur la façon de  créer cette dynamique politique;il est,pourtant, indispensable de reconnaître un adversaire commun,de l’identifier clairement,et par conséquent  ce repérage implique une dialectique forte contre cet adversaire ,connexe et dissoute dans une solidarité radicale pour être efficace.

Quel frein à l’éclosion de la solidarité ?

C’est à l’égalité qu’il faut penser.

L‘égalité se pratique y compris pour les mouvements dits “sociaux “aussi divers que variés comme tout ce qui relève du mouvement associatif qu’il soit écologiste etc,
qui dans leur ensemble se tournent le dos sauf exception. Ils ne se voient
pas comme égalité de groupes ( les sans -papiers,terre ,emploi,droits etc ) luttant ensemble contre un même problème,un même ordre des choses qui leur fait face .Mais Chacun reste prisonnier de sa bulle,de sa sphère, de ses intérêts particuliers.

Tous ces mouvements,ici et là, ne se vivent pas en égalité parce que
l’égalité supposerait au préalable qu’ils aient conscience des autres
qu’il le reconnaissent comme eux-mêmes et qu’ils s’y incluent.
Trop divisés, éclatés, à visée immédiate et présente  pour leur propre
objectif dans un renfermement sur leur propre objet localisé, sans discours radical politique,
ils sont faibles et  ne dérangent personne  et rien du tout de l’ordre existant politique et économique.

Justement cette division  est  souhaitée, voulue,obtenue par tout un tas de
mécanismes de contrôle du pouvoir. Le pouvoir fonctionne en
réseau et sans volonté commune en face et frontale ,il ne se passe rien, qui puisse constituer une alternative puissante et capable de renverser quelque chose.

la critique des structures de luttes actuelles émiettées comme les coordinations et réseaux ou même syndicales ,ou associatives ou caritatives le démontrent pleinement , comme l’ autocritique collective indispensables pour avancer,et on doit tous y laisser quelque chose. Si le sujet politique n’était consentant à l’ordre du capital,il y a belle lurette que celui-ci aurait disparu. Le rapport de force crée du Commun et il nous faut créer du Commun dans les pratiques des résistances , de la solidarité des luttes,de l’égalité des sujets politiques contestant. Mais l’égalité signifie rupture,exige qu’on abandonne beaucoup,sa façon d’être petite-bourgeoise,son mode de pensée individualiste,exige surtout de réapprendre la culture de contestation et sa grammaire politique.

Au ,je lutte donc je suis,il faut opposer, nous sommes donc je lutte.

.

Nadia Burgrave Burggraeve ©Blog des@Utopiens/2009

Cette note a été écrite bien avant que le mouvement social en 2009 ne propose des journées d’action ponctuelles depuis janvier ,que le NAP,en France, nouveau parti anticapitaliste ne voit le jour,et que la crise économique et sociale ne radicalise les luttes sociales .Je pense entre autres, aux prises d’otage de patrons,en France,et aux violences des Black Bloc et autonomes comme à Berlin,le 1er mai. Cela dit,cette irruption de la violence n’est que l’expression justement de l’isolement des luttes ,de leur étouffement par autisme du pouvoir économique et politique qui ne sait que traiter les problèmes sociaux et n’offrir de réponse que sur le mode policier . Mais ,encore une fois,la responsabilité est surtout collective par l’absence manifeste de solidarité radicale et inconditionnelle et, rejet de projet politique.

Qui est contre le slogan, Kapitalismus heisst Krieg und Krise ?

Mythologie ( 5) : la crise existe-t-elle?

Question du jour :

La crise existe-t-elle ?

Ou bien est-ce une fiction inventée de
toute pièce pour justifier encore plus de pressions patronales et
d’exploitation et,  re-capitaliser fond de pensions , banques et
capital à bon compte, c’est à dire grâce au  travail, pour
mieux nous aliéner et nous faire consentir à des sacrifices et

mieux perpétuer cette ahurissante loi du marché et de la spéculation.

Encore une mythologie?

Quoi qu’on en  pense,La stratégie de la peur,ou la théorie du Choc selon Naomi Klein s’est
accélérée depuis la crise des  Sub primes, dûe  à l’ affolement des spéculateurs  quand la crise des liquidités s’est faite jour.

Cette stratégie de la peur explique notre consentement – nous a-t-on demandé démocratiquement quelquechose ?- fabriquée,là-aussi, par les médias ,ces faiseurs d’opinion,aux interventions massives des Etats à travers des plans de sauvetage , des plans  de relance ,c’est à dire des interventions provenant de la société elle-même,  qui se chiffrent en milliards, des sommes astronomiques pour perdurer un système qui appauvrit à court et à long terme.

Mais Sauver quoi ?

La Misère ? le chômage? les inégalités  accrues,la destruction des hommes et de la nature!

C’est donc à une sorte de suicide collectif auquel nous sommes conviés,au nom du maintien de l’ordre économique pour quelques puissants actionnaires.

Mais,quand on voit combien la complicité des Etats et du capital spéculatif est grande ,on sait bien qu’il s’agit du même ordre , de l’ordre tout court. Cette stratégie de la peur nous fait croire que l’Etat nous protégerait de

l’ effondrement ,du chaos .On nage,alors, en pleine illusion lyrique… l’Etat n’est qu’un outil servile aux mains des élites économiques et intellectuelles.Et pour l’effondrement ,le chaos, il nous reste une alternative:changer d’ordre.

Car,pendant que l’Etat sauve le capitalisme,dans le même temps ,chaque gouvernement pratique la violence d’Etat contre les plus faibles -tous les «  Sans » papiers,emplois,logis,argent – méprisés,spoliés,traqués,punis,utilisant grâce  au  profit du travail , le dernier -cri de la technologie de contrôle bio-politique ( fichiers liberticides,usage de la biométrie,test ADN) et de répression haut de gamme (police
anti-émeute) la plus sophistiquée,criminalise,judiciarise, toute forme de contestation sociale quand bien même celle-ci est encadrée ,et , s’aplatit avec une docilité consternante devant  les puissants ,fiction de crise économique oblige ,les renfloue quand ils perdent dividendes et privilèges.

Et ,si on « profitait »
de cette fiction de crise  ou bien  si on en inventait une,UNE et une seule,la même, ensemble, la dernière,la der des ders pour se libérer ?

Nadia Burgrave Burggraeve©Blog des@Utopiens/2009.

Eloge de l’(H)être…

Hêtraie de Rügen

Francis Hallé ,auteur d’un plaidoyer pour l’arbre est botaniste et initiateur de la mission ‘ Radeau des Cimes ‘ au -dessus de la canopée tropicale qu’il survole:

http://www.radeau-des-cimes.org/02/expe.htm

Loin des tumultes animales et mobiles ,l’arbre immobile et enraciné domine le temps; on le dit immortel !

Quelle fantastique créature , quelle beauté ,quelle plongée symbolique !

Que la contemplation est puissante quand toutes les théories modernes nous vantent la mobilité !

Seuls regrets,seules amertumes et pas des moindres :

-le site du ‘radeau des cimes ‘ est des plus convenus et des plus mornes comme si vouloir sauver les arbres avaient nécessairement un air clinique avec ses images lisses et, ce ton policé de scientifiques chevronnés.

- la mission “ radeau des cimes ” et ses généreux donateurs ,ses mécènes provenant des laboratoires pharmaceutiques,des industries chimiques et de la Multinationale Total , vous savez ce major de pétrole qui salope les côtes et se fait le champion de la biodiversité écologique, rendent perplexes sur l’indépendance des chercheurs, et leur intégrité intellectuelle.

Ce qui après la plongée hors-du-temps nous ramène à la triste réalité politique .
Un seul hêtre vous manque et tout est dé-peupleraie!

Nadia Burgrave Burggraeve©Blog des@utopiens/2008.

TemPs eT eSpAce spEcTaculAirE

société du spectacle de Guy debord
On a tout dit de Guy Debord et de l’Internationale situationniste.Je ne cherche ni à en faire l’éloge ,ni le blâme,simplement rendre compte de mes im-pressions de lecture et au-delà de mes ex-pressions ….

Temps et Espace dans la ” société du spectacle ” de Guy debord publié en 1967.

Nadia Burgrave Burggraeve,Blog des@Utopiens/2008.

La lecture des trois chapitres de la « société du spectacle »de G uy Debord ,l’un
sur Temps et Histoire V, Temps spectaculaire VI et aménagement du
territoire VII nécessite de bonne base en référents historiques.C’est
assez rigoureux même si l’on peut contester certains points ici et là (
préhistoire,Renaissance etc).C’est un travail élaboré et de fond.Bien
évidemment,Guy Debord théorise sur l’appropriation du temps et sa conception à travers l’histoire des sociétés à la suite de Hegel,Marx,Lebfevre .Temps et espaces sont donc relatifs mais,sont aussi des enjeux de luttes contre ceux qui nous imposent leur rythme.Du reste celui qui détient le temps et l’espace règne en maître,celui qui en est dépossédé est esclave.

Ces chapitres s’originent dans une réflexion épistémologique que je
situerais dans une époque de profonde recherche,entre celle de F. Braudel
(1950/1960 Grammaire des civilisations ,les trois temps ) et celle de P.Ricoeur
( 1980/90 temps et récit ). Guy Debord dépasse le simple projet de théorie-théorisante, de simple spéculation intellectuelle et érudite .IL y a une volonté de démonstration ,l a volonté de montrer que notre Temps et notre Espace sont fabriqués,que leur perception n’est qu’illusion * que nous en subissons l’aliénation,et qu’il nous faut nous désaliéner pour vivre mieux.

Debord dresse l’histoire de l’histoire du temps en une grande fresque (
en tant que donné a priori) dévoilant les cessures,les cassures dans les
changements de paradigme par sociétés,des organisations humaines qui
s’approprient le temps depuis la société nomade de la pré-histoire jusqu’à
la société moderne et du temps cyclique au passage du temps irréversible
“unifié mondialement ” (mondialisation ndlt) comme l’espace du reste par la production capitaliste
l’autre donné a priori qui est analysé ensuite dans le dernier chapitre
.C’est une narration mais moins spéculative qu’elle n’y paraît au premier
abord et qui en fait tout l’attrait..Chaque société
crée sa perception du temps et de l’histoire.Je me souviens des cours que
j’ai reçus sur l’age industriel à l’Université où dans lesquels on avait
abordé cette question-là du ‘temps et de l’espace industriel ‘ qui a
bouleversé les sociétés modernes au XIX ème siècle et je reste soufflée que G. Debord
ne fut jamais cité au moins une fois dans la bibliographie.

Enfin Debord aborde en profondeur avec force détails grâce à une réflexion
politique tous les mécanismes de l’appropriation du temps,de l’espace et de
l’assujetissement par les classes dominantes (un petit nombre),des dominés ( le plus grand nombre)

A la différence de Braudel par exemple qui montre la
permanence du temps cyclique ( longue durée) ,G.Debord pense au contraire à
une dialectique sans demi-mesure..Le temps irréversible a chassé le temps cyclique,cette thèse est très développée dans le temps spectaculaire et le temps speudo-
consommable,critique du temps industriel hors cycle naturel et biologique, et
de la consommation de temps transformé en matière première, ce
passage est assez remarquable.

La valeur descriptive des trois chapitres somme toute sont assez
exceptionnelles.Quant à leur valeur prescriptive ,je crois qu’il la résume
assez bien en reprenant Henri Lefebvre implicitement « pour changer de vie
,changer d’espace » mais en apportant,sa touche,  la dimension temporelle du ‘ changer de temps ” :
..”L‘histoire qui menace ce monde crépusculaire est aussi la force qui peut
soumettre l’espace au temps vécu. La révolution prolétarienne est cette
critique de la géographie humaine à travers laquelle les individus et les
communautés ont à construire les sites et les événements correspondant à
l’appropriation, non plus seulement de leur travail, mais de leur histoire
totale. Dans cet espace mouvant du jeu, l’autonomie du lieu peut se
retrouver, sans réintroduire un attachement exclusif au sol, et par là
ramener la réalité du voyage, et de la vie comprise comme un voyage ayant en
lui-même tout son sens..
..”

Constat de Guy Debord: une révolution qui ne s’attaquerait
qu’à la surface des choses ne modifierait pas grand chose.

En somme,il faut :
« Renverser les perspectives des transcendentaux »

Sans quoi nous ne saurions que répéter les erreurs du passé qui se sont produites dans les expériences communistes produisant un capitalisme d’Etat ou/et d’une société bureaucratique d’un Etat ouvrier dégénéré mais qui n’a pas changé en profondeur notre aliénation capitaliste et notre impuissance à le combattre.Le capitalisme a unifié le temps et l’espace à toutes les échelles depuis le global  au  local ….

Bref, ces chapitres ont été écrits en 1967 et n’ont semble-t-il pas pris une
ride .Il serait recommandé que Guy Debord soit davantage lu par les
historiens.Mais au fond rien ne m’étonne .Cette absence ne fait que témoigner de la

dé-matérialisation
des sciences humaines,à commencer par l’Histoire au profit d’une histoire ” suspendue”,

idéalisée, dé- conscientisée ,dé-politisée qui reflète notre époque de profond aveuglement..

Nadia Burgrave Burggraeve©Blog des@Utopiens/2008.